Dans le même temps, un tribunal qui devait statuer sur le sort de 22 mères d'élèves ashkénazes de l'école religieuse de la colonie juive d'Immanuel (Cisjordanie occupée), a ajourné ses débats à demain, selon la radio publique et un site Internet des colons.
Ces 22 mères, poursuivies pour le même motif, réclamaient une dispense de leur peine de prison pour raisons familiales.
« Nous attendrons la décision du tribunal avant d'agir », a déclaré à l'AFP Micky Rosenfeld, porte-parole de la police israélienne. Cette affaire avait donné lieu jeudi à des manifestations rassemblant plus de 100 000 juifs religieux en Israël qui ont fustigé « l'ingérence » de la Cour suprême dans leur vie et affirmé la primauté de la Torah sur la loi civile.
« Le rejet de la modernité par les harédim (craignant Dieu) se cristallise sur la Cour suprême, véritable symbole de leur lutte contre le libéralisme », explique à l'AFP Ilan Greilsammer, professeur de sciences politiques et auteur d'un livre sur Les hommes en noir, les ultraorthodoxes.
« Cette communauté a la particularité de ne pas évoluer et les récentes manifestations ne sont que la poursuite de son combat pour préserver son identité », ajoute le professeur Greilsammer.
Une minorité de religieux refuse même de participer à la vie de l'État, rejetant le sionisme et manifestant parfois violemment contre des décisions des institutions d'Israël. Pourtant, deux partis ultraorthodoxes, 16 députés au total, font partie de la coalition de droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu et jouent un rôle important dans les décisions gouvernementales.
Les manifestations ultraorthodoxes se sont multipliées ces derniers mois dans ce qui apparaît comme une bataille s'intensifiant entre les milieux religieux et le système démocratique israélien. La presse israélienne parlait jeudi de « crise culturelle » entre les religieux et le reste de la population, et l'ex-député de gauche Yossi Sarid a dénoncé « la déclaration de guerre culturelle des harédim ».
« Cette guerre nous a été imposée contre notre gré mais nous n'avons pas le droit de la perdre », a estimé l'ancien parlementaire. Querelles autour de présumées sépultures juives sur des chantiers de construction, comme à Jaffa récemment, de l'ouverture d'un parking municipal à Jérusalem le jour sacré du shabbat... Les prétextes n'ont pas manqué pour manifester contre les autorités israéliennes ces derniers mois, accentuant le fossé entre religieux et laïcs.
La communauté ultraorthodoxe représente plus d'un tiers des 500 000 habitants juifs de la Ville sainte et 10 % de la population juive d'Israël, mais son influence est largement supérieure. Aucun gouvernement ne se forme sans des négociations préalables avec les deux partis orthodoxes, Yaadout Hatorah (Judaïsme unifié de la Torah, ashkénaze) et Shass (séfarade). Depuis la création d'Israël en 1948, les ultraorthodoxes mènent régulièrement campagne pour préserver le caractère juif de l'État.
Leur principal cheval de bataille est l'appareil de justice, qu'ils ne reconnaissent pas puisque, à leurs yeux, la loi divine est supérieure à celle des hommes.
En 1999, ils étaient déjà plus d'un demi-million à défiler à Jérusalem contre la Cour suprême, reprochant à ses juges de mettre en péril le fragile statu quo entre foi et sécularisme en Israël. Ce statu quo, qui existe depuis 1948, permet notamment aux orthodoxes de bénéficier d'une dispense de l'armée tant qu'ils restent étudier à plein-temps dans leurs yéshivots (écoles talmudiques).
« Depuis plus de soixante ans, la Cour suprême a essayé d'éviter les affrontements avec les harédim mais aujourd'hui, nous avons transmis un message clair aux juges et à la société israélienne : stop ! Nous ne laisserons pas les juges décider de notre vie privée », déclare Meny Schwartz, directeur d'une station de radio ultraorthodoxe.
« L'avenir nous dira qui va gagner cette guerre, mais cette journée est une date historique pour le monde haredi », se réjouit-il.


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