La présidente par intérim du Kirghizistan, Rosa Otounbaïeva, s’est rendue hier dans le sud du pays pour tenter d’apaiser les tensions interethniques. Viktor Drachev/AFP
Portant un gilet pare-balles, Mme Otounbaïeva a atterri en hélicoptère et s'est exprimée devant un petit nombre de personnes sur la place centrale : « Je suis venue ici pour parler avec les gens et écouter ce qu'ils disent sur ce qui s'est passé. »
Avant de quitter la capitale Bichkek, Mme Otounbaïeva a reconnu que le nombre de victimes des violences était nettement supérieur au bilan officiel, comme l'avaient déjà indiqué à l'AFP des habitants des régions dévastées. « Je multiplierais par dix les chiffres officiels » qui font état de 192 morts et plus de 2 000 blessés, a déclaré Mme Otounbaïeva au quotidien russe Kommersant.
Au cours d'une réunion avec des représentants de la société civile à Och, elle a atténué ses propos en disant que le bilan final serait « au minimum plusieurs fois supérieur » aux chiffres officiels. « Ce n'est pas qu'on cache la vérité, c'est qu'on n'a pas non plus les chiffres. Les gens ont enterré et enterrent les corps sur place », sans le signaler aux autorités, a expliqué Mme Otounbaïeva.
Interrogée sur les conflits entre Kirghiz et la minorité ouzbèke de ce pays de 5,3 millions d'habitants, elle a reconnu que les tensions étaient « toujours élevées » et qu'il y avait déjà eu « par le passé des échauffourées. Mais on a cru que la situation allait tenir », a-t-elle dit.
Historiquement, les relations entre les deux communautés sont tendues, notamment en raison de disparités économiques. Dans les années 1990, des affrontements interethniques avaient fait des centaines de morts dans la région d'Och.
Mme Otounbaïeva a rejeté les critiques selon lesquelles le gouvernement provisoire, arrivé au pouvoir après le soulèvement d'avril, était incapable de faire cesser les violences et de gérer la crise humanitaire. « Laissez-nous un peu d'espoir ! Arrêtez de répéter que nous ne faisons rien », a-t-elle lancé.
De retour à Bichkek dans la soirée, elle a déclaré à la radio nationale que des troupes russes allaient protéger certaines installations stratégiques du pays, sans préciser lesquelles.
Entre-temps, l'Organisation mondiale de la santé a indiqué que les émeutes des jours derniers auraient « affecté directement ou indirectement » un million de personnes dans cette ancienne république soviétique d'Asie centrale. Ces chiffres - 300 000 réfugiés et 700 000 déplacés à l'intérieur du pays - constituent « le pire scénario », a confié à l'AFP Giuseppe Annunziata, coordonnateur du programme d'aide d'urgence de l'OMS.
De son côté, le sous-secrétaire d'État américain chargé de l'Asie centrale et du Sud, Robert Blake, a exigé une « enquête indépendante » et enjoint au Kirghizistan de faire « cesser les violences qui entraînent un flot de réfugiés » en Ouzbékistan, pays voisin où il effectuait une visite.
Enfin, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a demandé au gouvernement kirghiz provisoire de mener une enquête « exhaustive et transparente » sur ces violences, afin de trouver les responsables pour qu'ils répondent de leurs actes.


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