Selon les dernières estimations des agences onusiennes, l’on compte au moins 400 000 réfugiés ou déplacés en raison des violences. Oxana Onipko/AFP
À Och, où les violences ont commencé, et il y a une semaine, à Djalal-Abad et dans les camps de réfugiés en Ouzbékistan, les témoignages concordent : des blindés ont ouvert la voie à des milices armées qui ont saccagé les quartiers ouzbeks dans des attaques coordonnées. Très organisés, les blindés ont tiré des projectiles incendiaires pour brûler les habitations, alors que des hommes armés de kalachnikov tiraient sur les habitants qui tentaient d'éteindre les incendies. Des journalistes de l'AFP ont vu les douilles des deux types de munitions. « Nous nous sommes défendus avec des pierres, des bâtons et des fusils de chasse », a expliqué Chavkat Ioussoupov, du village de Chark, en bordure d'Och.
Un lieutenant, déserteur de l'armée kirghize, Bakhtior Charipov, a raconté lundi à l'AFP d'un camp de réfugiés en Ouzbékistan que les militaires avaient l'ordre de tirer sur les civils, accusant ses supérieurs mais dédouanant le gouvernement. Les habitants de Kyzyl-Kychlak (Och) ont raconté à l'AFP avoir reçu après la première nuit de violences des appels de « personnes non identifiées parlant un dialecte ouzbek autre que celui d'Och » leur demandant d'inscrire SOS sur leurs maisons pour recevoir de l'aide. Les jours suivants, les attaques se sont concentrées sur ces constructions : « Tout ça a été très clairement organisé et planifié à l'avance », juge Khatam Iakoubov, un avocat vivant dans ce quartier. « Ce n'est pas le gouvernement qui a organisé ça, ce sont les autorités locales », assure Djalal Nassymov, un imam qui, comme de nombreux habitants, estime que le maire d'Och, Melisbek Myrzakmatov, est derrière les pogroms anti-ouzbeks. Deux de ses adjoints, Timour Kamtchibekov et Bakyt Amanbaïev, limogés mardi, ont aussi mis en cause le maire, nommé par le président Kourmanbek Bakiev renversé en avril à l'issue d'un soulèvement.
L'objectif de ces attaques n'est cependant pas clair même si le gouvernement accuse Maxime, le fils de l'ex-chef de l'État, d'avoir financé les troubles pour déstabiliser le nouveau régime. « Il n'y a aucun doute sur la culpabilité directe (du maire). Il faut le prouver encore, mais les gens - Ouzbeks comme Kirghiz - savent que le maire d'Och est directement lié à ces événements », a déclaré Bakyt Amanbaïev à l'agence ferghana.ru. M. Myrzakmatov a balayé ces accusations, affirmant notamment que M. Kamtchibekov « est un malade psychiatrique », montrant à des journalistes un certificat médical en ce sens. Il accuse des « forces extérieures, le terrorisme international », d'être derrière les violences.
Le bilan provisoire de 191 morts est loin de la réalité. De l'aveu même du maire, il serait « deux à trois fois » supérieur. L'AFP a ainsi compté dans les deux cimetières de Kyzyl-Kychlak les tombes de 68 Ouzbeks, à Djalal-Abad celles de 26 et à Chark 21 sépultures. Selon les imams et les fossoyeurs, aucune de ces victimes n'a été déclarée aux autorités. Plusieurs témoignages font état de fosses communes.
Selon les dernières estimations de l'ONU, les violences ont fait au moins « 400 000 réfugiés et déplacés ». Le nombre de réfugiés en Ouzbékistan voisin est quant à lui passé à 100 000 personnes, « en comptabilisant seulement les adultes », a précisé une porte-parole du bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU, Élisabeth Byrs, laissant entendre que le chiffre devrait être nettement supérieur une fois que les enfants y seront intégrés.


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