Le ministre du Travail, Éric Woerth, au cours de la conférence de presse qui s’est tenue hier à Paris. Bertrand Guay/AFP
Le déficit des régimes de retraite a été multiplié par trois en deux ans en raison de la crise. Il est déjà de 32 milliards d'euros en 2010 et menaçait de monter à 45 milliards en 2020, si rien n'était fait. Mais le gouvernement bénéficie du fait que l'opinion publique, bien que très attachée à la retraite à 60 ans, semble résignée à une réforme rendue indispensable, selon les experts, par l'allongement de la durée de la vie. Le contexte économique, avec les mesures de rigueur budgétaire prises dans toute l'Europe sous la pression des marchés financiers, à la suite de la crise grecque, favorise également l'acceptation de cette réforme. Avec le recul à 62 ans de l'âge de départ, l'âge de mise à la retraite avec une pension complète, qui était de 65 ans, se trouve décalé à 67 ans. La France devrait toutefois rester l'un des pays européens où les retraités seront les plus jeunes. L'Allemagne, par exemple, veut porter l'âge minimal de la retraite à 67 ans en 2029.
M. Woerth a souligné que la réforme des retraites avait été construite « avec deux exigences : être responsable et être juste ». Ainsi une contribution particulière des hauts revenus est prévue, avec un prélèvement de 1 % supplémentaire sur les 342 000 foyers fiscaux les plus imposés. Une taxation supplémentaire est également prévue sur les revenus du capital (stocks-options, dividendes, généreuses retraites des grands patrons) et sur les entreprises. Au total, ces recettes supplémentaires devraient rapporter 3,7 milliards d'euros. Cherchant à respecter des délais très serrés, le gouvernement a prévu que le projet soit avalisé le 13 juillet par le Conseil des ministres, avant d'être présenté au Parlement à la rentrée de septembre. Toutes les composantes de l'opposition de gauche ont souligné dans un même élan que les plus riches étaient les moins touchés par la réforme. François Hollande, un des principaux dirigeants socialistes, a estimé que Nicolas Sarkozy avait choisi « la réforme la plus injuste ». Réforme « d'une iniquité révoltante », ont renchéri les Verts. Le syndicat CGT, le plus puissant du pays, a demandé au gouvernement de « réécrire » son projet, alors que le syndicat Force ouvrière en demandait « le retrait ». Les syndicats qui peuvent encore demander des amendements au projet dans les prochains jours reportent leurs espoirs sur une forte mobilisation en septembre pour faire reculer le pouvoir. Ils prévoient néanmoins une journée d'action le 24 juin. Leurs précédents mouvements n'ont pas mobilisé autant qu'ils l'espéraient.


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