Le texte, qui a reçu le feu vert du Sénat jeudi, est contesté non seulement par la presse mais aussi par la magistrature italienne qui estime qu'il va entraver la lutte contre la corruption et le crime organisé dans le pays. Le quotidien de gauche, La Repubblica, a fait sa une hier avec un seul « post-it » jaune portant l'inscription « la loi-bâillon va priver les citoyens du droit d'être informés ». « Nous avons monté une page vierge pour dire aux lecteurs que la démocratie a été court-circuitée », explique dans un éditorial le directeur de la rédaction, Ezio Mauro.
Le Corriere della Serra parle de « jour sombre » pour la justice, et l'Unita, organe du principal parti de l'opposition de gauche, arbore un titre avec des caractères utilisés sous la dictature fasciste de Benito Mussolini. Le président du Conseil, Silvio Berlusconi, assure que la nouvelle loi permettra de mieux protéger la vie privée mais l'opposition accuse le gouvernement de chercher à dissimuler la corruption avec une loi « faite maison », dans la lignée de l'impunité dont le chef du gouvernement bénéficie. Le syndicat national des journalistes a d'ailleurs lancé un appel à la grève pour le 9 juillet et jure de mener une « résistance totale et sans fin contre » la nouvelle loi. De leur côté, les partis de l'opposition se disent prêts à faire appel devant la Cour constitutionnelle si la loi était adoptée sous cette forme par la Chambre des députés, une issue qui fait peu de doute au vu de la majorité dont y bénéficie le centre droit.
Les magistrats, qui envisagent d'organiser leur propre mouvement de manifestation contre le texte, font savoir que de nombreuses arrestations, dont des mafieux en fuite, n'auraient pu être effectuées sans l'aide des écoutes téléphoniques. Par ailleurs, le ministère américain de la Justice a fait part de son inquiétude concernant les effets de la loi sur les enquêtes menées conjointement sur le crime organisé.


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