Près d’un millier de jeunes armés de bâtons et de pierres se sont rassemblés la nuit de jeudi à vendredi dans le centre d’Och. Photo AFP
« La situation reste tendue », a concédé la présidente par intérim, Rosa Otounbaïeva, dans un communiqué qui précise que l'état d'urgence a été décrété à Och, deuxième ville du pays, et dans les districts avoisinants, ainsi qu'un couvre-feu de 20h00 à 06h00 jusqu'au 20 juin. « Il est indispensable d'envoyer à Och des médecins et des renforts pour maintenir l'ordre, car il y a un risque que la situation empire avec la tombée de la nuit », a-t-elle ajouté. Le dernier bilan des troubles ethniques faisait état de plus de 600 blessés, selon le ministère de la Santé.
Des témoins, joints par téléphone, ont décrit des scènes chaotiques, évoquant des coups de feu tirés toute la journée et des hélicoptères armés sillonnant le ciel au-dessus du centre-ville. « Des coups de feu sont encore tirés. Pendant que je vous parle, j'entends des coups de feu et ce n'est vraiment pas loin », a raconté à l'AFP Andrea Berg, spécialiste de l'Asie centrale à l'ONG Human Rights Watch.
Des militaires, dans des transports blindés, ont de plus bloqué l'accès au quartier ouzbek de Cheryomouchki. « Nous sommes tous pris de panique. Nous ne savons pas quoi faire ni comment sauver nos familles », a déclaré Elena, une habitante du quartier qui a refusé de donner son nom par crainte de représailles.
Des affrontements et des échanges de tirs entre des groupes de jeunes Ouzbeks et Kirghizes se sont produits dans la nuit de jeudi à vendredi, puis dans la journée à Och et dans les districts voisins de Kara-Souou, d'Aravan et d'Ouzgen. Ces violences auraient pour origine une bagarre entre les deux ethnies. Près d'un millier de jeunes, armés de bâtons et de pierres, se sont rassemblés jeudi soir dans le centre d'Och, brisant des vitrines de magasins, des fenêtres d'immeubles et brûlant des voitures. Selon le ministère de l'Intérieur, cinq personnes soupçonnées d'avoir organisé ces violences ont été arrêtées.
Les réactions ont fusé à l'étranger. La stabilité du Kirghizstan est en effet primordiale, notamment pour la Russie et les États-Unis qui y disposent de bases militaires, dont une essentielle au déploiement des troupes américaines en Afghanistan. « Nous espérons sincèrement que cette phase de tourmente sera surmontée aussi vite que possible », a déclaré le président russe Dmitri Medvedev au cours d'un sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Tachkent, la capitale ouzbèke. « La violence n'est pas une solution acceptable », a renchéri l'ambassade des États-Unis au Kirghizstan. De son côté, l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) s'est dit « prête à poursuivre ses efforts pour apporter une solution à la situation actuelle au Kirghizstan ».
Depuis la révolution meurtrière d'avril dernier, qui avait fait 87 morts et conduit à la chute du régime du président Kourmanbek Bakiev, le Kirghizstan a connu plusieurs vagues de violences, en particulier dans le sud du pays, signe que le nouveau pouvoir peine à contrôler la situation. Ces dernières violences interviennent à environ deux semaines d'un référendum pour l'adoption d'une Constitution, prévu le 27 juin.


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