Les « rouges » mènent des opérations de guérilla urbaine avec cocktails Molotov, pierres, engins incendiaires et parfois armes à feu.Pedro Ugarte/AFP
Le pouvoir a immédiatement opposé une fin de non-recevoir à l'idée d'une médiation des Nations unies. « Aucun gouvernement n'autorise une organisation à intervenir dans ses affaires intérieures », a rétorqué Panitan Wattanayagorn, son porte-parole.
En soirée, la tension est montée d'un cran, quand un hôtel de luxe de Bangkok, situé à proximité du quartier contrôlé par les manifestants antigouvernementaux, a été visé par des tirs après une forte explosion, obligeant une centaine de clients à se réfugier au sous-sol, a indiqué un photographe de l'AFP.
Après l'échec de dix jours de négociations, les deux camps se sont nettement radicalisés depuis le lancement jeudi dernier de l'opération militaire pour asphyxier « la zone rouge », en plein cœur de la capitale. Les soldats font désormais feu à tir tendu autour de ce quartier habituellement très fréquenté par les touristes. Les « rouges » ont de leur côté renforcé la défense de leur « camp retranché ». Ces violences ont coûté la vie à 33 personnes, toutes des civils, depuis vendredi, portant le bilan humain à 61 morts et environ 1 700 blessés depuis le début de la crise mi-mars.
Le Premier ministre Abhisit Vejjajiva, qui avait proposé en vain une solution politique il y a deux semaines, adopte désormais un discours de fermeté, appelant de nouveau les manifestants à lever le camp en les avertissant que les opérations militaires allaient se durcir. L'armée a renforcé le blocus de la zone occupée en bloquant ses accès et en coupant les approvisionnements en eau, électricité et nourriture. Le pouvoir a cependant renoncé dans l'immédiat à y imposer le couvre-feu, une mesure jugée trop lourde pour les habitants restés dans ce quartier plutôt huppé. Les autorités ont, par ailleurs, demandé à la Croix-Rouge de participer à l'évacuation des manifestants qui souhaitaient quitter la « zone rouge », où resteraient environ 6 000 personnes selon le gouvernement. « Les enfants, les femmes et les vieillards peuvent partir librement. Les hommes doivent prouver qu'ils ne sont pas armés », a indiqué le porte-parole de l'armée, Sunsern Kaewkumnerd.
De leur côté, de nombreux protestataires se sont dit prêts à affronter un éventuel assaut général des forces de l'ordre, après avoir érigé des barricades de barbelés, de pneus arrosés de kérosène et de bambous autour de la zone de plusieurs kilomètres carrés. L'un des principaux chefs des « chemises rouges » a lancé un appel solennel au roi Bhumibol Adulyadej, qu'il a présenté comme le « seul espoir » pour régler une crise qui s'éternise. C'est la seconde fois en un mois que les « rouges » font appel à une figure immensément révérée dans le pays, qui règne depuis 1946 et que certains de ses sujets considèrent comme un demi-dieu. Âgé de 82 ans et hospitalisé depuis septembre, le monarque ne s'est pas publiquement exprimé sur la crise.
Dans ce contexte de violence, la semaine qui débute s'annonce très perturbée dans la capitale de 12 millions d'habitants. Les transports publics ne fonctionneront pas normalement et la rentrée scolaire a été reportée d'une semaine. L'état d'urgence a également été décrété hier dans cinq provinces supplémentaires.
Le regain de violence des derniers jours inquiétait les pays étrangers, à l'instar de la Chine, qui a exprimé ses « vives inquiétudes ». Samedi, les États-Unis ont ordonné l'évacuation du personnel non essentiel de leur ambassade.


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