« La tentative de trouver la vérité en dehors de Jésus-Christ s’avère dramatique », a estimé le pape devant un millier d’intellectuels portugais. Francisco Leong/AFP
Intervenant devant 1 500 intellectuels réunis à Lisbonne, Benoît XVI a dénoncé la culture actuelle qui « détache le présent du patrimoine culturel du passé, sans l'intention de tracer les contours d'un avenir ». Présentant l'Église comme « le grand défenseur d'une saine et haute tradition », il a mis en garde contre le risque, pour « le peuple », de « se perdre dans le labyrinthe du temps et de l'histoire, privé des valeurs clairement établies et sans grands buts clairement énoncés ».
Citant en exemple « les inquiétudes et les attentes de l'âme portugaise au milieu des turbulences de la société d'aujourd'hui », le pape a estimé que, pour un pays majoritairement catholique, « la tentative de trouver la vérité en dehors de Jésus-Christ s'avère dramatique ».
Une heure à peine après avoir prononcé son discours, Benoît XVI recevait le Premier ministre socialiste José Socrates qui, en janvier dernier, avait défendu, en personne, devant le Parlement la loi autorisant le mariage homosexuel, destinée selon lui à « réparer des décennies d'injustices faites aux homosexuels ».
À l'issue d'une brève audience de 30 minutes, M. Socrates s'est félicité de cette « conversation très agréable » avec « Son Éminence », titre réservé normalement aux cardinaux.
Benoît XVI a ensuite gagné en hélicoptère la ville de Fatima, où l'attendaient des dizaines de milliers de personnes dans le cadre du traditionnel pèlerinage du 13 mai, commémorant la première apparition de la Vierge, en 1017, à trois petits bergers, Jacinta, Francisco et leur cousine Lucie. Selon la foi catholique, la Vierge aurait révélé à ces enfants, au cours d'apparitions répétées, « trois secrets » jugés « prophétiques » de l'histoire du XXe siècle. Si les deux premiers « secrets » étaient connus depuis le début des années 40, le troisième n'a été rendu public qu'en mai 2000 lors de la dernière visite de Jean-Paul II à Fatima, la hiérarchie catholique « révélant » alors qu'il annonçait l'attentat contre le pape en mai 1981 sur la place Saint-Pierre de Rome.
Mardi matin, dans l'avion qui l'amenait au Portugal, Benoît XVI avait élargi « l'interprétation » de ce secret à la lumière de l'actuelle crise de l'Église, en disant qu'« en plus de cette grande vision de la souffrance du pape », le message de Fatima faisait aussi référence aux « réalités de l'avenir de l'Église qui peu à peu se développent et se manifestent ». « Il est vrai qu'au-delà (...) de la personne du pape (...), ce sont des souffrances de l'Église qui sont annoncées », a déclaré Benoît XVI, se référant à la crise qui secoue l'Église depuis le début des révélations sur les cas de pédophilie dans le clergé, et surtout sur l'« omerta » de la hiérarchie ecclésiastique qui s'est poursuivie pendant des années.
« Concernant les nouveautés que nous pouvons découvrir aujourd'hui dans ce message, a encore dit Benoît XVI, il y a aussi le fait que les attaques contre le pape et l'Église ne viennent pas seulement de l'extérieur, mais que les souffrances de l'Église viennent précisément de l'intérieur de l'Église, du péché qui existe dans l'Église. »
Commentant hier ces déclarations faites juste avant son arrivée au Portugal, le quotidien de référence portugais Publico a estimé que « Benoît XVI a voulu "régler" dès le début une polémique qu'on devinait susceptible d'assombrir son voyage ».
Confirmant sa volonté de faire baisser la pression, Benoît XVI s'est autorisé hier matin une entorse au protocole, fait rarissime en cinq ans de son pontificat. Selon le site officiel de la visite
(www.bentoxviportugal.pt), le pape a « rompu le protocole et les règles de sécurité » en sortant de sa limousine blindée pour aller saluer des enfants. « Ça a été le délire », a assuré l'évêque auxiliaire de Lisbonne Carlos Azevedo, cité par le site.


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