Domingo Irwin, historien et expert des questions de sécurité et de défense, évoque un « processus de restructuration » et une « politisation » qui provoquent des « tensions internes » dont la profondeur est encore impossible à évaluer. Pour certains experts, le haut commandement militaire est sans doute fidèle à Chavez, mais « c'est indéniable qu'il y a une fissure qu'il ne parvient pas à combler ». La loyauté de l'armée est une préoccupation permanente du président vénézuélien, ancien militaire, qui a résisté à une tentative de coup d'État en 2002. « C'est un casse-tête pour Chavez. Il devrait se débarrasser de la moitié de l'armée pour la purger et il sait qu'il ne peut pas le faire », estime Rocio San Miguel, membre de l'ONG Control ciudadano (Contrôle citoyen).
Cette semaine, le président Chavez a loué « le patriotisme et l'unité » sans précédent de ce corps. Et dimanche, à la surprise générale dans un contexte de récession, il a annoncé une augmentation de 40 % des salaires des militaires, bien supérieure à l'inflation, pourtant élevée l'an dernier (25,1 %). Il s'agit d'une « muselière » pour les faire taire, explique à l'AFP Mme San Miguel.
Pour le général Antonio Rivero, qui vient de demander sa retraite anticipée en dénonçant « l'intrusion de militaires cubains » au sein de l'armée, l'institution vit « une purge pour des raisons idéologiques ». Chavez, chef de file de la gauche radicale en Amérique latine, considère les forces armées vénézuéliennes comme « anti-impérialistes, révolutionnaires et socialistes ». Elles ont adopté le slogan « Patria socialista o muerte ! Venceremos ! » (La patrie socialiste ou la mort ! Nous vaincrons !), en référence au leitmotiv du leader communiste cubain Fidel Castro, père spirituel de Chavez. « Il est indéniable que la consigne "la patrie socialiste ou la mort" » et « l'usage de l'uniforme militaire par le président ou les milices est contraire à la Constitution », a déclaré le général Rivero à l'AFP. Selon lui, « l'intrusion » des militaires cubains « va bien au-delà » de ce qui est admissible et s'étend à des secteurs stratégiques de l'armée, comme le renseignement. « Ils mettent en danger notre souveraineté. Ils pourraient obtenir des informations que ne doit pas avoir un pays étranger qui, demain, peut aussi bien être un allié que notre ennemi », ajoute-t-il.
Jusqu'à présent, il n'existe cependant aucune donnée concrète sur la présence cubaine dans l'armée. Pour Chavez, il s'agit d'une simple « aide » de La Havane au Venezuela. « Qu'il y ait des conseillers cubains dans l'armée ? Bien sûr, personne ne l'a nié (...) mais ils n'ont aucun pouvoir de commandement », a assuré à la presse un responsable militaire, le lieutenant-colonel Hector Herrera. Selon Mme San Miguel, cette politisation de l'armée vénézuélienne n'a pas suscité jusqu'ici de contrôle, ni du pouvoir législatif ni du pouvoir judiciaire, et c'est ce qui est « le plus grave », dit-elle, car cela démontre le manque d'indépendance des pouvoirs au Venezuela.


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