Mgr Roger Vangheluwe, 73 ans, a reconnu avoir « abusé sexuellement d’un jeune de (son) entourage », pendant plusieurs années. Francois Lenoir/Reuters
L'évêque a présenté sa démission au pape Benoît XVI qui l'a acceptée hier. Les faits étant prescrits, il ne risque pas de poursuites pénales ou civiles. Il s'agit du premier évêque qui démissionne pour avoir commis lui-même des abus sexuels sur mineur, alors qu'il exerçait déjà son ministère, depuis la vague de scandales de pédophilie qui a déferlé à partir de novembre 2009 sur l'Église catholique, et même éclaboussé le pape. Les autres prélats qui ont démissionné jusqu'à présent l'ont fait pour avoir couvert des hommes d'Église dont ils étaient les supérieurs.
« Mgr Vangheluwe était perçu comme un évêque généreux et dynamique », a déclaré le chef de l'Église belge, Mgr André-Joseph Léonard, la voix brisée par l'émotion. Le primat de Belgique a fait part de sa « résolution à prendre les mesures nécessaires pour que de pareilles situations ne se représentent plus ». « Nous sommes conscients de la crise de confiance que cela va engendrer chez nombre de personnes », a-t-il ajouté.
La démission de l'évêque de Bruges est la deuxième reçue par Benoît XVI en 24 heures. Jeudi, le pape avait accepté le départ de James Moriarty, 73 ans, évêque auxiliaire de Dublin de 1991 à 2002, dans le diocèse où des centaines d'enfants ont subi des sévices sexuels commis par des prêtres pendant plusieurs décennies. Ce dernier a réitéré ses « excuses » et admis qu'il aurait dû « remettre en cause » la culture du secret qui prévalait au sein de l'Église d'Irlande.
En Allemagne, secouée ces derniers mois par la révélation de centaines d'anciennes d'affaires de pédophilie dans des établissements scolaires surtout catholiques, mais aussi laïques et protestants, un sondage publié hier confirme la désaffection des fidèles. Près d'un quart des catholiques allemands (23 %) disent avoir songé ces derniers temps à quitter l'Église, confrontée à une perte de milliers de fidèles, selon cette enquête. Le gouvernement d'Angela Merkel a lancé hier une « table ronde » rassemblant des représentants des Églises catholique et protestante, d'organisations de protection de l'enfance et des experts, mais certaines organisations estiment que les victimes sont sous-représentées et doutent que ce débat débouche sur des résultats concrets.
Benoît XVI, lui-même accusé d'avoir protégé des prêtres pédophiles avant de devenir pape en 2005, a fermement condamné les abus commis par des membres du clergé. Mais il ne s'est pas directement exprimé sur les scandales dans son pays natal, décevant les attentes de nombreux catholiques allemands.
Parallèlement, une association italienne de lutte contre la pédophilie a accusé vendredi le Vatican et l'Église italienne de ne pas avoir pris de mesures contre un prêtre pédophile qui aurait commis des abus dans la région de Rome.
Aux États-Unis, une victime présumée d'un prêtre américain accusé de pédophilie a déposé une plainte devant la justice contre le Vatican et le pape pour tenter de rendre publiques les enquêtes internes de l'Église catholique sur des cas de pédophilie en son sein. Jeff Anderson, un avocat spécialiste des cas de pédophilie, avait déjà porté en 2002 devant la justice une plainte similaire, mais d'une bien moins grande ampleur. Celle-ci est actuellement entre les mains de la Cour suprême des États-Unis qui doit déterminer si le Vatican peut être poursuivi par une cour américaine. « La plainte demande (...) la démission de tous les prêtres qui ont blessé des enfants et de tous les évêques et cardinaux qui ont été complices de ces crimes », ajoute l'avocat, qualifiant cette action en justice de « sans précédent ». Ces accusations « contre le Saint-Siège et ses représentants sont complètement privées de fondements », a réagi l'avocat aux États-Unis du Vatican, Jeffrey Lena.


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