Abou Mirvane, marié deux enfants, travaille près de douze heures par jour. Il a deux emplois, fonctionnaire le matin et chauffeur l'après-midi, qui lui permettent de gagner 400 dollars. À 33 ans, il doit, comme de nombreux Syriens, accumuler deux salaires pour joindre les deux bouts, en se contentant du minimum. « Le coût de la vie a beaucoup augmenté sans que les salaires ne suivent », dit-il, alors que le salaire moyen est officiellement de 240 dollars. En entamant un processus de libéralisation de son économie, la Syrie a réduit les subventions aux produits de première nécessité, ce qui a fait grimper en flèche les prix de la nourriture et des carburants, et pénalisé les couches les plus défavorisées. Parallèlement, des secteurs comme la santé et l'enseignement sont graduellement remplacés par des systèmes payants. Pour pouvoir acheter une voiture qui coûte 120 000 dollars, comme celle de son patron, Abou Mirvane devra économiser tout ce qu'il gagne pendant 24 ans, sourit-il. Auparavant, les revenus étaient complétés par les aides gouvernementales aux produits de base : sucre, riz, essence. Mais maintenant tout est « hors de prix », se lamente Tahsin, 45 ans, fonctionnaire depuis 28 ans. Pour s'en sortir, il fait le ménage chaque après-midi dans une entreprise. Ses deux emplois ne lui rapportent que 460 dollars, pour des charges de 560 dollars par mois. L'extrême pauvreté touche 11,4 % des quelque 22 millions de Syriens, soit près de 2,2 millions de personnes qui ne peuvent subvenir à leurs besoins de base, affirme le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), dans un rapport publié en 2005. La pauvreté dans son ensemble touche 30 % de la population, soit 5,3 millions de Syriens habitant les zones rurales du nord-est du pays, selon le rapport qui souligne que « la croissance économique ne bénéficie pas aux pauvres ». Selon le FMI, l'inflation a atteint près de 14 % en 2009. Le taux de chômage, 8 % selon les chiffres officiels, est évalué par des experts indépendants à 22 %. « Nous payons le prix de la transition vers l'économie de marché », affirme l'analyste économique Nabil Sukkar qui impute également les hausses des prix à l'envolée des cours sur les marchés mondiaux. La crise financière mondiale et les conditions climatiques « n'ont pas arrangé les choses », souligne-t-il. La sécheresse qui sévit depuis quatre ans a provoqué l'accélération de l'exode rural dans les régions du Nord-Est et incité le gouvernement à prendre des « mesures d'urgence » comme la distribution d'aide alimentaire. Des plans d'investissements et des aides internationales ont également été annoncés. « Améliorer le niveau de vie est une priorité », affirme le Premier ministre Mohammad Naji Otri. Mais l'État doit trouver 25 milliards de livres syriennes (500 millions de dollars) pour pouvoir augmenter de 10 % les salaires des quelque 1,4 million d'employés, estime-t-il. Selon lui, les recettes fiscales sont devenues « le principal revenu de l'État » après le déclin de la manne pétrolière. Face au tarissement de ses ressources - le déficit budgétaire a atteint 9,25 % du PIB en 2009 -, l'État a eu recours à des associations non gouvernementales pour qu'elles contribuent aux dépenses sociales. Le nombre des associations civiles n'a cessé de croître ces dernières années. Plus de 400 d'entre elles œuvrent à Damas. Elles prennent en charge des personnes âgées, handicapées, apportent des aides aux familles, financent les mariages, des interventions chirurgicales, dispensent des stages professionnels pour aider les pauvres « à s'intégrer dans la société », selon un quotidien syrien.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Abou Mirvane, marié deux enfants, travaille près de douze heures par jour. Il a deux emplois, fonctionnaire le matin et chauffeur l'après-midi, qui lui permettent de gagner 400 dollars. À 33 ans, il doit, comme de nombreux Syriens, accumuler deux salaires pour joindre les deux bouts, en se contentant du minimum. « Le coût de la vie a beaucoup augmenté sans que les salaires ne suivent », dit-il, alors que le salaire moyen est officiellement de 240 dollars. En entamant un processus de libéralisation de son économie, la Syrie a réduit les subventions aux produits de première nécessité, ce qui a fait grimper en flèche les prix de la nourriture et des carburants, et pénalisé les couches les plus...