Étienne Chatillez a sûrement dû s'inspirer des Libanais. Pas pour la vie est un long fleuve tranquille, car ici, elle est tout, sauf tranquille. Pas pour Tatie Danielle. Et le bonheur n'est plus vraiment dans le pré, mais plutôt dans les chantiers. Il serait terriblement jouissif de calquer les films de Chatillez sur la société libanaise, en changeant les gosses de milieu ou en « blackisant » nos racistes les plus notoires. Mais là où nous n'avons rien à envier aux personnages du réalisateur, mais alors rien du tout, parce que nous sommes probablement les géniteurs d'un genre qui dépasse toutes les modes, c'est le syndrome Tanguy. Comme dans le film éponyme. 99 % des hommes libanais sont des Tanguy en puissance. Des Tanguy? Vous savez, ces (jeunes) hommes qui vivent chez leurs parents. Qui restent quoi qu'il advienne. Ne quittent pas le domicile familial quelle que soit leur situation professionnelle ou amoureuse. Qui campent dans leur chambre de teenager jusqu'au jour de leur mariage (quoi que). Les parents, la mère surtout, dorlotent leur petit jusqu'à la fin. Qui le leur rend bien en s'éternisant dans le nid familial. Comme dans le film, chez un André Dussolier et une Sabine Azéma - ayant quitté momentanément Resnais - qui se retrouvent coincés à la maison avec un trentenaire imbuvable, une sorte d'ovni pour les Français, mais un Libanais comme un autre dans notre société d'aujourd'hui. Le Libanais squatte chez maman jusque très tard... D'ailleurs, pourquoi irait-il ailleurs ? Pourquoi s'emmerderait-il à s'installer en solo quand il est si bien à la maison. Choyé et chouchouté par une maman couveuse, protectrice, une mamma libanaise, la tigresse par excellence qui pense que son rejeton ne trouvera jamais mieux qu'elle et qui aime avoir sa progéniture dans ses jupons afin de mieux contrôler leurs faits et gestes. Logé dans un grand appartement où le confort est à portée de main. Pas de mazout à payer, ni électricité, ni générateur, ni câble. De grands salons, une belle chambre, une salle de bains perso, une place de parking. Nourri par la cuisine de maman, cette cuisine aux mille saveurs, constituée de coussa, de mloukhié, de moujadarra, de kebbé arnabiyyé et de maacroun faits maison. Parce qui d'autre éplucherait les raisins, dénoyauterait les cerises, se parfumerait les mains avec l'odeur des clémentines ? Hein ? Qui ? Blanchi mieux qu'un pressing. Les caleçons repassés, les chemises amidonnées, les chaussettes reprises. Le rêve à portée de main sans dépense aucune. Le petit a tout le loisir de s'acheter des costumes de marque italienne, des chaussures sur mesure, d'inviter ses conquêtes au restaurant, de se prélasser au spa ou de faire du sport. Maman s'occupe de tout et papa raque pour tout. Une fois l'amour trouvé, la jeune femme préparée, les noces convolées, le petit peut quitter son nid. Pour un autre foyer où il tentera éternellement de reproduire le schéma maternel. Ah Œdipe quand tu nous tiens. Le Libanais gardera les clés de la maison de sa mère, y repassera quasiment tous les jours pour y déjeuner ou boire un café. C'est un fait qu'on ne peut nier, le Libanais est un assisté. Assisté depuis qu'il est petit par les femmes de sa vie. C'est pourquoi le Libanais ne vit quasiment jamais seul, trop compliqué. Ne quitte jamais sa femme, trop compliqué. Ne largue pas sa maîtresse, trop compliqué. C'est peut-être pour ça que très peu de Libanais décident de voler de leurs propres ailes une fois la vingtaine venue. Tout simplement parce qu'ils sont assistés et que vivre seul ne fait pas partie de leur mentalité. À moins d'être homo. C'est triste, mais c'est comme ça. Les homos ont plus de c... que les hétéros. Ils sont plus nombreux à avoir quitté la rue Sarazate, la tortue, la chatte et les deux canaris. Les femmes aussi. Elles sont de plus en plus nombreuses à s'installer seules. À quitter le giron de maman, à mener leur barque seules. Comme elles l'entendent. Pas besoin d'attendre un mariage pour déménager. Mieux vaut s'émanciper avant. En solo. Car en duo, l'émancipation au Liban, ce n'est pas vraiment ça.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Étienne Chatillez a sûrement dû s'inspirer des Libanais. Pas pour la vie est un long fleuve tranquille, car ici, elle est tout, sauf tranquille. Pas pour Tatie Danielle. Et le bonheur n'est plus vraiment dans le pré, mais plutôt dans les chantiers. Il serait terriblement jouissif de calquer les films de Chatillez sur la société libanaise, en changeant les gosses de milieu ou en « blackisant » nos racistes les plus notoires. Mais là où nous n'avons rien à envier aux personnages du réalisateur, mais alors rien du tout, parce que nous sommes probablement les géniteurs d'un genre qui dépasse toutes les modes, c'est le syndrome Tanguy. Comme dans le film éponyme. 99 % des hommes libanais sont des Tanguy en puissance. Des...