« C'est la guerre » : le titre en une du quotidien The Times of India, illustrant une photo de cadavres mutilés, résumait hier le sentiment général au lendemain de l'embuscade tendue dans la jungle de l'État de Chhattisgarh. Argumentant que la sécurité de l'Inde tout entière est aujourd'hui menacée, la presse et l'opposition ont plaidé pour une réponse dure et rapide du gouvernement. « Si l'Inde continue de perdre des batailles, c'est la guerre qu'elle risque de perdre », a prévenu le quotidien Hindustan Times. Vingt des 29 États indiens, en particulier les États du Jharkhand et de l'Orissa, sont confrontés depuis 1967 à des poches de rébellion maoïste, le long d'une bande appelée « le corridor rouge », qui traverse le nord et l'est du pays. Mais depuis quelques mois, la violence a monté d'un cran.
Selon des analystes, la tuerie démontre l'échec de la vaste offensive lancée par le gouvernement cet automne visant à déloger les rebelles de leur bastion, en particulier dans six États du pays. Baptisée « Chasse verte », en référence à la jungle dans laquelle se cachent les maoïstes, cette opération inclut uniquement des forces paramilitaires, le gouvernement ayant réaffirmé hier ne pas vouloir faire appel à l'armée. Selon Rahul Bedi, un spécialiste des questions de défense, l'opération doit aujourd'hui être sérieusement repensée pour réussir à contrecarrer la tactique des rebelles : « La police et les forces paramilitaires luttant contre les maoïstes sont sous-équipées et manquent d'entraînement. » Pour Ajai Sahani, directeur adjoint de l'Institut sur la gestion des conflits, la rébellion profite surtout de la faiblesse du gouvernement central : « Les maoïstes ne sont pas vraiment forts. C'est l'État qui est faible, et qui n'a pas réussi à garantir la bonne gouvernance et la sécurité. »
Acculé à réagir, le gouvernement a affirmé hier « avoir entendu la colère du peuple », sans pour autant annoncer des mesures concrètes. De l'État du Chhattisgarh où il s'est rendu, le ministre de l'Intérieur, P. Chidambaram, a prévenu que la lutte serait longue - « deux à trois ans, peut-être plus » - et a mis en garde contre toute « réaction à l'emporte-pièce ».


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