Mais cette stratégie défensive pourra difficilement stopper les révélations d'abus pédophiles et les questionnements sur le silence de Benoît XVI qui, avant de devenir pape en 2005, fut pendant 24 ans le chef de la Congrégation pour la doctrine de la foi (l'antique Inquisition), chargée d'instruire et de punir les crimes graves.
Le pape et l'Église doivent « sortir du bunker et de la psychose de l'état de siège » pour « résoudre les questions ouvertes par cette crise gravissime », explique à l'AFP Giancarlo Zizola, vaticaniste du journal Repubblica, qui, à l'instar de nombreux experts, reconnaît à Benoît XVI le « courage » d'avoir initié la lutte contre la pédophilie dans le clergé. Au lieu de s'en prendre aux « jacasseries » des médias et d'autres forces présumées hostiles comme l'a fait le cardinal Sodano dimanche, « l'Église devrait au contraire reconnaître leur rôle dans la recherche des faits », ajoute-t-il.
La polémique du vendredi saint après le parallèle dressé par le prédicateur du Vatican entre un climat jugé hostile aux catholiques et l'antisémitisme « a donné l'impression d'un Vatican qui perd un peu les pédales », estime pour sa part le vaticaniste Bruno Bartoloni. Selon M. Bartoloni, « il y a quelque chose qui manque autour du pape, notamment en termes de compétences de la secrétairerie d'État », où Mgr Sodano, considéré comme un « politique » habile, a été remplacé depuis 2006 par le très effacé cardinal Tarcisio Bertone. Même le fervent écrivain catholique Vittorio Messori a appelé le Saint-Siège à admettre des « erreurs de communication » et déploré dans le Corriere della Sera « une qualité inférieure de la machine ecclésiastique » .
Alors que l'Église traverse sa plus difficile période depuis 40 ans, la personnalité du pape, qui « a tendance à travailler seul sans donner beaucoup d'importance aux médias », complique la tâche des stratèges du Vatican. « Je ne crois pas qu'il soit préoccupé par la tourmente actuelle. En tant que professeur (de théologie), il consacre son temps à l'écriture de livres et discours, à sa mission visant à améliorer la culture évangélique », souligne M. Zizola.
Pourtant, l'Église a de quoi s'inquiéter. « Il y a 4 millions d'élèves et 3 500 institutions catholiques dans le monde, si les familles commencent à avoir des doutes, c'est un drame car les enfants sont les futurs fidèles », relève M. Bartoloni. « Il faut des changements de fond : réformer les séminaires, la sélection du clergé et une vision de l'Église comme communauté avec un rôle accru pour les laïcs aux côtés des prêtres comme c'est le cas en Inde ou en Afrique », préconise M. Zizola.
Si la crise continue de s'amplifier, « il est possible », selon M. Bartoloni, que le pape convoque un consistoire extraordinaire, avec à la clef des instructions plus fortes en matière de pédophilie, comme « prendre l'initiative de dénoncer les situations troubles plutôt qu'attendre » les plaintes des victimes. Et un jour, mais c'est exclu sous le très conservateur Benoît XVI, l'Église devra se pencher sur la question de la sexualité des prêtres et du célibat.


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