Le président intérimaire du Nigeria, Goodluck Jonathan.Wole Emmanuel/AFP
M. Jonathan « est déjà en discussions avec la direction du Sénat pour que l'approbation des personnes choisies se fasse rapidement », a indiqué à l'AFP une source à la présidence ayant requis l'anonymat. « Plus de la moitié » des 42 membres du cabinet sortant « vont revenir », a estimé cette source, précisant que la présentation de la nouvelle équipe devrait intervenir la semaine prochaine. La formation d'un gouvernement prend en général plusieurs semaines au Nigeria, une fédération dont chacun des 36 États doit compter au moins un ressortissant à la tête d'un ministère, selon la Constitution. Mais cette fois-ci cela devrait être plus rapide. « Jonathan a besoin d'un gouvernement pour le soutenir », souligne la source à la présidence. La dissolution de mercredi « s'inscrit dans une stratégie générale visant à faire face aux principaux défis qui se posent à la nation à un moment critique de notre histoire », a expliqué le porte-parole de M. Jonathan, Ima Niboro, cité dans le quotidien ThisDay. M. Jonathan ne s'est pas encore exprimé sur son action.
La décision de limoger le gouvernement mis en place par le président Umaru Yar'Adua, souffrant, un peu plus d'un mois après lui avoir succédé à la tête du pays, a été saluée hier par plusieurs observateurs comme un acte courageux de la part de M. Jonathan, qui veut affirmer son pouvoir face à ses adversaires du « camp Yar'Adua ». Après trois mois d'hospitalisation en Arabie saoudite, le chef de l'État est rentré au Nigeria dans la nuit du 23 au 24 février, mais il ne s'est toujours pas exprimé publiquement et aucun responsable politique ne l'a officiellement rencontré depuis. M. Jonathan est devenu président par intérim le 9 février, à la demande du Parlement qui craignait que l'absence du président ne plonge dans le chaos le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique avec 150 millions d'habitants et huitième exportateur mondial de brut.
La dissolution du cabinet, divisé depuis des mois entre défenseurs du maintien au pouvoir coûte que coûte du président malade et partisans d'une relève par Goodluck Jonathan, intervient dans un contexte particulièrement tendu. Des milliers de personnes ont manifesté le 10 mars à Abuja et Lagos pour demander la démission du gouvernement et l'apparition publique de Umaru Yar'Adua. L'une des tâches prioritaires de la nouvelle équipe sera de tenter de mettre fin aux violences entre communautés qui ensanglantent à nouveau depuis dix jours l'État du Plateau (centre). Mercredi matin, au moins 13 villageois chrétiens, dont des femmes et des enfants, ont été tués par des éleveurs musulmans près de la localité de Riyom, au sud de Jos la capitale de cet État, ont indiqué des responsables locaux. Des attaques similaires dans la nuit du 6 au 7 mars ont fait plus de 100 morts.
Le pays connaît un autre foyer de tension dans la région du Delta (Sud) riche en pétrole. Lundi, un double attentat qui aurait fait un mort et plusieurs blessés a eu lieu dans la ville de Warri, au moment où s'ouvrait une conférence consacrée à la mise en œuvre de l'amnistie offerte aux ex-rebelles opérant dans cette région. Le Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger, principal groupe armé, a revendiqué l'attentat et annoncé de futures attaques, notamment contre le groupe français Total.


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