Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Diplomatie

Erdogan vivement critiqué pour avoir menacé d’expulser les Arméniens de Turquie

Pour Erevan, les propos du Premier ministre turc rappellent les prémices du génocide de 1915.

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a proféré ses menaces sur les ondes de la BBC, lors d’une visite à Londres mardi.Luke MacGregor/Reuters

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan est sous le feu des critiques, après la menace qu'il a proférée sur la BBC d'expulser les Arméniens en situation illégale en Turquie.
Dans des déclarations qui ont choqué, tant à l'étranger que dans son pays, le bouillant chef du gouvernement a déclaré mardi qu'il envisagerait de telles expulsions si les Parlements de par le monde continuaient à voter des résolutions sur le génocide des Arméniens par les Turcs, pendant la Première Guerre mondiale. Les votes en ce sens, ces dernières semaines, aux États-Unis et en Suède, font du tort aux « sentiments sincères » qui nous lient aux Arméniens clandestins en Turquie, a-t-il affirmé. « Il y a 170 000 Arméniens dans mon pays. Parmi ceux-là, 70 000 sont des nationaux, mais nous tolérons les 100 000 autres (...) Si cela était nécessaire, je pourrais être dans l'obligation de leur dire de retourner dans leur pays. Ce ne sont pas mes concitoyens (...) Je ne suis pas obligé de les garder ici », a-t-il lancé.
Le Premier ministre, qui est coutumier des déclarations musclées, tente de faire du « chantage » auprès des pays étrangers, pour les inciter à ne pas retenir la qualification de génocide, assure le commentateur Can Dundar dans le journal Milliyet. « Faire d'innocents travailleurs arméniens une monnaie d'échange, des otages, est une chose suffisamment grave pour alimenter les accusations séculaires contre la Turquie », ajoute-t-il.
Les Arméniens affirment qu'un million et demi des leurs ont été massacrés par les Turcs entre 1915 et 1918 au cours d'un génocide, terme que rejette absolument Ankara.
« Ce type de déclaration politique ne contribue pas à améliorer les relations entre nos deux États », a déclaré mercredi le Premier ministre arménien, Tigran Sarkissian. « Cela nous rappelle immédiatement les souvenirs des événements de 1915 », a-t-il ajouté. Hier, le chef de la diplomatie arménienne, Edward Nalbandian, a rétorqué que de telles déclarations entraînaient des conséquences totalement négatives. « Les événements qui ont entraîné le génocide arménien de 1915 ont commencé par de telles déclarations », a-t-il dit, exhortant Ankara à ratifier les accords censés établir des relations diplomatiques entre les deux pays et à ouvrir leur frontière terrestre.
Avec l'espoir de tirer un trait sur le passé, la Turquie et l'Arménie ont signé, en octobre 2009, deux textes prévoyant l'établissement de relations diplomatiques et la réouverture de leur frontière, qui doivent encore être ratifiés par leurs Parlements. Mais depuis, des désaccords sont apparus, notamment sur les événements tragiques de 1915.
La menace proférée par M. Erdogan risque fort de retarder encore le processus de réconciliation, note pour sa part Hadi Uluengin dans le journal Hurriyet. « Ni l'Arménie ni son influente diaspora ne laisseront sans réponse une telle menace turque... La menace d'Erdogan a porté atteinte à notre prestige diplomatique », écrit-il.
Face à ces critiques croissantes, Suat Kiniklioglu, le responsable du parti au pouvoir pour les Affaires étrangères, s'est employé à relativiser la portée des propos de M. Erdogan, expliquant que ce dernier n'avait pas l'intention de mettre sa menace à exécution, « ni aujourd'hui ni demain ». La plupart des analystes sont d'avis qu'il est d'ailleurs peu probable que de telles expulsions aient lieu. « Ce serait absolument inimaginable de voir des dizaines, des centaines, des milliers d'Arméniens regroupés par la police et expulsés, renvoyés en Arménie. Ca serait un coup mortel pour l'image de la Turquie. Ça donnerait l'image d'une deuxième déportation », estime Fabio Salomoni, un sociologue italien de l'université Koç à Istanbul.
La plupart des clandestins arméniens sont des femmes, qui font des ménages ou gardent des enfants, souvent à Istanbul. Leur nombre exact n'est pas connu, mais les autorités turques ont tendance à gonfler les chiffres. M. Salomoni le situe entre 10 000 et 20 000, et Alin Ozinian, qui vient d'effectuer une recherche pour une fondation dont le siège est en Arménie, de 13 000 à 15 000.
Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan est sous le feu des critiques, après la menace qu'il a proférée sur la BBC d'expulser les Arméniens en situation illégale en Turquie.Dans des déclarations qui ont choqué, tant à l'étranger que dans son pays, le bouillant chef du gouvernement a déclaré mardi qu'il envisagerait de telles expulsions si les Parlements de par le monde continuaient à voter des résolutions sur le génocide des Arméniens par les Turcs, pendant la Première Guerre mondiale. Les votes en ce sens, ces dernières semaines, aux États-Unis et en Suède, font du tort aux « sentiments sincères » qui nous lient aux Arméniens clandestins en Turquie, a-t-il...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut