La ministre espagnole des Finances, Elena Salgado, lors de sa conférence de presse. Georges Gobert/AFP
L'Espagne, qui assure la présidence tournante de l'Union européenne, a retiré le dossier à la dernière minute de l'ordre du jour d'une réunion des ministres des Finances à Bruxelles, officiellement « afin d'avoir plus de temps pour obtenir le soutien le plus large possible ». « Il est toujours bon d'avoir un maximum de consensus et nous allons continuer à travailler », a commenté la ministre espagnole des Finances, Elena Salgado, qui compte malgré tout sur un accord avant la fin du semestre.
Le commissaire européen chargé des services financiers, Michel Barnier, a aussi espéré « vivement » un accord « crédible » et « avant l'été » avec le Parlement européen, qui a aussi son mot à dire.
De ce point de vue, le report de la décision des ministres n'est pas forcément de bon augure.
Les grands argentiers européens n'ont plus de réunion formelle avant le mois de mai. Une date qui devrait coïncider avec les élections au Royaume-Uni, rendant toute décision difficile étant donné que 70 % des fonds spéculatifs européens sont gérés depuis Londres.
La présidence de l'UE aurait pu en théorie passer en force sur ce dossier hier en faisant voter le texte, car Londres ne dispose pas d'une minorité de blocage suffisante. Mais les ministres ont apparemment eu des réticences à isoler le Royaume-Uni. Le Britannique Alistair Darling a d'ailleurs jugé la décision de mardi « très sage ». Il a mis en garde contre des règles qui pousseraient certains fonds à l'exode et créeraient un « désavantage financier » pour la place de Londres.
« Un État membre et un seul bloque le sujet », a déploré un diplomate, qui s'interroge : « Est-ce que l'ensemble des États souhaitent vraiment un accord sur le sujet ? »
Le projet, proposé en avril par la Commission européenne, doit encadrer les fonds dits « alternatifs » : les fameux fonds spéculatifs, mais aussi ceux de capital-risque ou d'investissement. En échange d'une plus grande transparence et du respect de certaines règles, les gestionnaires de fonds européens obtiendraient un « passeport » leur permettant d'exercer dans toute l'UE. Mais le traitement des gestionnaires et des fonds basés dans des pays en dehors de l'UE, et notamment dans des paradis fiscaux, fait débat.
L'association qui représente l'industrie mondiale des fonds spéculatifs, l'AIMA, s'inquiète depuis des semaines d'« implications protectionnistes » du projet européen, des règles trop strictes pouvant de facto bloquer l'entrée de l'UE pour les fonds extérieurs. Le gouvernement américain a aussi écrit à Bruxelles pour protester contre d'éventuelles mesures discriminatoires envers les banques et fonds américains.
La Commission se défend en affirmant se conformer aux décisions internationales prises au sein du G20. « Il n'y a pas de place pour le protectionnisme en Europe », a aussi affirmé mardi le ministre suédois des Finances Anders Borg.
Dans une lettre à M. Barnier rendue publique mardi, les socialistes européens l'appellent à ne pas se laisser « dicter » la régulation des fonds spéculatifs en Europe « par des considérations américaines », et rejettent toute « concession ou même un traitement préférentiel pour les fonds non européens ». Michel Barnier a assuré hier qu'il résisterait aux pressions. « J'ai dit que je ne prendrai d'ordre ni à Paris ni à Londres, je ne vais sûrement pas en prendre à Washington », a-t-il prévenu.
Parallèlement, les ministres des Finances de la zone euro se sont mis d'accord lundi soir sur les grandes lignes d'un plan d'aide financier à utiliser si nécessaire pour la Grèce, qui serait sans précédent depuis le lancement de la monnaie commune en 1999. Toutefois, dans l'immédiat, ils ont jugé qu'il n'était pas à l'ordre du jour.
« Nous avons clarifié les modalités techniques qui nous permettront de prendre une action coordonnée » pour aider la Grèce, a annoncé le président de l'Eurogroupe, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, à l'issue d'une réunion de ce forum des grands argentiers à Bruxelles. Ce plan d'action doit encore faire l'objet d'une approbation par les chefs d'État et de gouvernement européens, et donc de la chancelière allemande Angela Merkel qui s'est montrée très réticente jusqu'ici à l'idée même de sortir son chéquier. « Ce n'est pas un mécanisme qui est nécessaire aujourd'hui », a ajouté la ministre française de l'Économie Christine Lagarde, en parlant plutôt d'un « travail d'anticipation ». Tous ont salué à nouveau les mesures d'austérité prises par le gouvernement grec, qui ont poussé des dizaines de milliers de Grecs dans la rue pour protester.

