Photo tirée du site blog.americanfeast.com
C'est que le rassasiement provient de l'interprétation inconsciente de multiples signaux chimiques et mécaniques. En fait, dès la première bouchée, le goût et l'odeur des aliments, par l'intermédiaire de l'influx nerveux, commencent à agir sur notre cerveau et à mettre en place la satiété. Viendront ensuite des signaux émis par les organes digestifs, c'est-à-dire l'estomac, l'intestin et le foie. Chacun de ces organes possède des millions de capteurs qui sont sensibles au moindre changement. Dans l'intestin, à titre d'exemple, certains récepteurs s'activent en présence de nutriments comme les lipides, le glucose ou les acides aminés, d'autres s'activent lorsqu'il y a une distension des parois du tube digestif due à la présence des aliments. Tous ces signaux sont essentiels pour le déclenchement de la satiété.
Donc, dès que l'on commence à s'alimenter et tout au long du repas, notre cerveau reçoit plusieurs types d'informations qu'il va retransmettre au corps et générer un message pour arrêter de manger.
Un phénomène difficilement réversible
Dans un monde parfait, ce système de rassasiement fonctionnerait de la même façon chez tout le monde et il n'y aurait plus de disparités entre les silhouettes... ce qui est loin d'être le cas ! Nous ne le savons que trop bien. Les nutritionnistes constatent en effet que 80 % des personnes qui perdent du poids grâce à un régime alimentaire le reprennent deux à cinq ans plus tard, tout en dépassant leur poids de départ.
Ce difficile retour en arrière pourrait-il être attribué à des modifications dans le contrôle de la faim ? Il semblerait effectivement que chez certaines personnes et plus particulièrement les obèses, le cerveau ne répond pas de la même façon aux messages de satiété. De récentes études montrent qu'il existe une accoutumance à l'alimentation excessive. En d'autres termes, à force d'avoir reçu des signaux d'alimentation, le cerveau n'y répond plus de la même façon.
Normalement, la présence de lipides dans le tube digestif provoque un message robuste de rassasiement. Or les chercheurs montrent qu'une ration très riche en lipides, genre fast-food, administrée pendant trois semaines consécutives fait disparaître cet effet rassasiant protecteur. Donc, la suralimentation, et plus particulièrement l'alimentation grasse, mène à une désensibilisation du cerveau aux signaux de rassasiement. Un retour à la normale pourrait être possible, mais des études restent à poursuivre. Reste à comprendre par quels mécanismes le tube digestif et le cerveau ont opéré cette « désensibilisation aux lipides » en un laps de temps si court.
Mieux comprendre le cerveau
Vu les taux alarmants d'obésité partout dans le monde, de nombreux chercheurs ont pour objectif de mieux comprendre la cascade d'événements qui mène à la satiété. L'identification du « maillon faible » de cette cascade devrait être à l'origine des futurs médicaments contre l'obésité. Ainsi, il serait peut-être possible de créer une sensation artificielle de satiété, de tromper le cerveau. Cette méthode présenterait l'immense avantage de modifier spontanément les préférences alimentaires.
La conclusion certaine que l'on peut faire est que le cerveau s'adapte à toutes les situations, même aux excès alimentaires : « L'homme ne mange pas ce qu'il aime, il aime ce qu'il mange », avait dit Jean Trémolières (chercheur et professeur en nutrition, décédé il y a plus de trois décennies). Il est donc d'une importance capitale d'habituer les enfants à apprécier la cuisine saine et à adopter de bonnes habitudes alimentaires dès leur plus jeune âge.
Nadine ZEENI, PHD, nutrition

