La délégation internationale, dont la visite n'a duré que quelques heures, a rencontré dans l'après-midi des représentants de la société civile, des partis politiques et des diplomates, et s'est entretenue avec le chef de la junte, le chef d'escadron Salou Djibo. À l'issue de ces rencontres, Mohammad ben Chambas, président de la commission de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), a déclaré à l'AFP : « Avec les membres de la junte, nous avons discuté de comment faire pour que le pays retrouve dans les plus brefs délais une vie constitutionnelle normalisée (...) Ils nous ont donné les garanties nécessaires, et tout ceci va se faire avec la participation de la société civile et des partis politiques (...) Il y a un dialogue qui va s'installer avec toutes les forces vives de la nation qui va aboutir à l'élaboration d'une nouvelle Constitution et une période de transition. » Durant l'entretien avec les putschistes, la délégation internationale a aussi « reçu des garanties sur le fait que les membres de l'ancien régime ainsi que l'ancien président sont bien traités et dans de bonnes conditions de vie », a indiqué M. Chambas.
Jeudi, le « Conseil suprême pour la restauration de la démocratie » (CSRD, junte) a déposé le président Mamadou Tandja à l'issue de combats autour du palais présidentiel. Il a dissous le gouvernement et suspendu la Constitution très controversée adoptée en août 2009. « Notre intention est d'assainir la situation politique, de réconcilier les Nigériens. Nous comptons organiser les élections, mais avant, il faut assainir la situation », a assuré le colonel Djibrilla Hamidou Hima, l'un des hommes forts du CSRD, en marge d'un sommet de chefs d'État ouest-africains à Bamako. Autre gage de bonne volonté, les putschistes ont annoncé samedi la libération de ministres qu'ils détenaient. Toutefois, deux responsables de l'ex-parti au pouvoir, le Mouvement national pour la société de développement, ont affirmé à l'AFP qu'outre le président Tandja, sept d'entre eux resteraient aux mains des militaires. Les ministres avaient été arrêtés lors du coup d'État, mené en pleine réunion du Conseil des ministres présidé par M. Tandja. La junte assure que ce dernier se porte bien. Elle a également confirmé détenir toujours trois ministres, et non sept. « L'ancien Premier ministre, l'ancien ministre de l'Intérieur et l'ancien ministre des Finances sont toujours en surveillance pour leur sécurité. Parce qu'ils détiennent des dossiers très sensibles, nous sommes tenus d'assurer leur sécurité », a indiqué un des hommes forts de la junte, le colonel Djibrilla Hamidou Hima. « M. Tandja est dans un local appartenant à l'intendance de la présidence et est gardé dans de très bonnes conditions », a poursuivi le colonel.
La communauté internationale a largement condamné ce coup d'État et appelé à un retour à la démocratie après avoir vivement critiqué ces derniers mois M. Tandja. Estimant que l'armée avait mis fin à la dérive autocratique de Tandja, la rue a donné son appui à la junte. Au moins 10 000 personnes ont ainsi défilé samedi à Niamey, lançant des « Vive l'armée nigérienne ! » et « Vive le CSRD ! » Hier, de nouvelles manifestations projunte de « plusieurs milliers de personnes » ont eu lieu à Zinder, deuxième ville du pays, a rapporté la radio publique Voix du Sahel, faisant état de manifestations similaires à Dosso (Sud) et Tahoua (Ouest). Aucun trouble significatif n'a été signalé depuis le coup d'État.
Le Niger, vaste pays sahélien et important producteur d'uranium, est plongé dans une grave crise politique depuis que M. Tandja, dont le dernier quinquennat s'achevait en décembre, s'était maintenu au pouvoir en faisant adopter une Constitution prolongeant son mandat. Pour protester, la Cédéao avait suspendu le pays, et l'Union européenne interrompu son aide au développement.


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