Un cliché sur la contestation en Iran a valu à un photographe italien, Pietro Masturzo, le prix du World Press Photo Award 2009, le plus prestigieux concours de photojournalisme. Sur la photo aux tonalités sombres du photographe indépendant Pietro Masturzo, une femme sur le toit-terrasse d’un immeuble de Téhéran crie, les mains en entonnoir autour de la bouche, quelques jours après la réélection le 12 juin 2009 du président Mahmoud Ahmadinejad, qu’elle conteste. Pietro Masturzo/Reuters
Grâce à un dispositif policier considérable, les autorités sont parvenues jeudi à circonscrire les manifestations hostiles au président Mahmoud Ahmadinejad à l'occasion de la célébration du 31e anniversaire de la révolution islamique.
L'avocate iranienne s'est déclarée « opposée à des attaques militaires ou à des sanctions économiques », mais a réclamé des « sanctions politiques » contre le régime de Téhéran. Le prix Nobel de la paix 2003 a ainsi recommandé de baisser le niveau des relations diplomatiques avec le régime de Téhéran, de cesser de refuser des visas « aux citoyens ordinaires » et de rejeter en revanche les demandes de visa des fonctionnaires. Le pouvoir iranien, a-t-elle dit, « peut contourner les sanctions économiques avec l'aide de la Chine et de la Russie, et seul le peuple en souffre ». En revanche, elle a demandé de ne pas fournir à Téhéran des armes ou du matériel pouvant servir à la répression des opposants.
L'ampleur de la mobilisation de l'opposition de jeudi est difficile à estimer, les autorités ayant paralysé l'Internet utilisé par les opposants pour communiquer, brouillé les émissions des télévisions venant de l'extérieur et interdit aux rares journalistes travaillant pour des médias étrangers de se rendre sur le terrain. Des manifestations à répétition de l'opposition, qui conteste la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad, ont entraîné des dizaines de morts et des milliers d'arrestations dans tout l'Iran depuis huit mois. La répression exercée par le pouvoir, qui a exécuté deux opposants et en a condamné dix à mort, n'a pas jusqu'ici réussi à entamer la détermination des protestataires. Les « manifestations pacifiques ont reçu comme réponse l'agression et la violence », a dénoncé l'avocate iranienne. Le pouvoir « arrête les proches des opposants, les prend en otages », a dénoncé Mme Ebadi dont la propre sœur a été arrêtée et n'a été libérée qu'après trois semaines de détention. Le prix Nobel de la paix vit actuellement en exil, « en réalité, pas à Londres, mais dans les aéroports du monde entier » où, a-t-elle dit à l'AFP, elle passe le plus clair de son temps pour aller d'une capitale à l'autre afin de dénoncer la répression en Iran.
Ayant muselé l'opposition, jeudi, le pouvoir a pu mettre en avant la participation de centaines de milliers - des millions selon les autorités - d'Iraniens aux défilés officiels. « Le pouvoir a réussi à montrer ses capacités de mobilisation et à affirmer que la rue ne peut pas lui imposer ses choix », relève Amir Mohebian, analyste proche des conservateurs modérés. Parallèlement, « on assiste à un affaiblissement du mouvement vert (l'opposition), qui est passé des manifestations populaires de juin à des manifestations plus violentes et des actes désespérés », estime-t-il.
Le pouvoir a également affiché sa force en déclarant publiquement l'Iran « nation nucléaire », après le lancement en fanfare mardi dernier de la production d'uranium hautement enrichi au mépris des avertissements des grandes puissances craignant que Téhéran n'ait des visées militaires. Le président Ahmadinejad a réaffirmé jeudi devant la foule de ses partisans que Téhéran n'avait pas l'intention de se doter de l'arme nucléaire. Mais « ce nouveau geste de défi à l'égard de la communauté internationale ne peut qu'accélérer un renforcement des sanctions économiques et politiques aboutissant à un isolement et un affaiblissement croissants de l'Iran », estime un analyste occidental requérant l'anonymat. « Si le régime ne profite pas de sa démonstration de force pour négocier tant à l'intérieur qu'à l'extérieur mais radicalise ses positions, son succès de jeudi pourra être une victoire à la Pyrrhus », ajoute-t-il.


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