Hier, à l’exception d’un petit rassemblement de partisans de Viktor Ianoukovitch devant la Commission électorale centrale, aucun signe de nervosité n’était tangible, bien que les deux camps aient menacé de défendre leur victoire jusque dans la rue. Sergei Supinsky/AFP
Si Mme Timochenko promettait de meilleures relations avec Moscou, la Russie n'en a pas moins savouré son plaisir après la défaite du camp orange, qui a osé remettre en cause son influence historique dans la région. « La révolution orange ne s'est pas simplement achevée, elle s'est crashée », jubilait Konstantin Kossatchev, haut responsable de la Douma (Chambre basse du Parlement russe). « Je suis sûr que Viktor Ianoukovitch entendra l'opinion de la majorité en Ukraine et qu'il va rapidement pouvoir rétablir les relations de bon voisinage entre l'Ukraine et la Russie », a poursuivi le député. Le ton était également donné par la presse russe, qui se réjouissait des résultats. Le quotidien Izvestia saluait ainsi « le crépuscule orange », soulignant que Moscou peut fêter la fin de l'ère farouchement pro-occidentale de l'Ukraine. Le quotidien Rossiïskaïa Gazeta allait encore plus loin, en titrant en une « Victoire », un jeu de mot avec le prénom de M. Ianoukovitch. Le politologue Gleb Pavlovski se réjouit dans les colonnes du journal « que même dans la campagne de Timochenko, la couleur orange était absente ». Le rédacteur en chef de la revue Russia in Global Affairs, Fiodor Loukianov, juge aussi que « la Russie a toutes les raisons d'être satisfaite », mais introduit un bémol en relevant que M. Ianoukovitch n'est plus l'homme du Kremlin comme en 2004. Pour leur part, le Kremlin et le gouvernement russe s'abstenaient hier de tout triomphalisme, un comportement qui tranche avec celui de 2004, lorsque Vladimir Poutine, alors président, s'était empressé de féliciter M. Ianoukovitch pour sa victoire à la présidentielle.
Pour les partisans de la révolution orange, la victoire de Viktor Ianoukovitch, impensable en 2004, a certes un goût amer, mais elle est la preuve que la démocratie a triomphé dans cette ex-république soviétique. « Cela ressemble à une gifle, à une méga-injustice », concède Misko Barbara, leader du groupe rock Mertvy Piven (Coq mort), qui s'était joint aux manifestants sur Maïdan, haut lieu de la révolution orange à Kiev, en novembre 2004. « La plupart des gens qui étaient sur Maïdan s'opposaient avant tout à une ingérence brutale (du pouvoir) dans l'expression de la volonté du peuple. Aujourd'hui ces pratiques ont disparu », se félicite Misko Barbara. « Que l'homme maudit de Maïdan devienne un président légitime est la meilleure confirmation du triomphe de la révolution », renchérit le journaliste Egor Sobolev, qui organisa une fronde des médias en 2004 contre la censure imposée par le pouvoir en faveur de M. Ianoukovitch. « Cela aurait été bien pire si le président (sortant Viktor) Iouchtchenko s'était mis à falsifier le scrutin pour rester au pouvoir », souligne M. Sobolev. « Il est vrai que Ianoukovitch est un homme particulier, avec une biographie obscure », note Dmytro Gnap, qui faisait partie de l'état-major de M. Iouchtchenko en 2004. « Mais la question, c'est comment il arrive au pouvoir et il y arrive cette fois de façon démocratique », dit-il.
L'issue du scrutin ne remet donc pas en cause les acquis de la révolution, aux yeux de ses protagonistes. « Le problème, ce n'est pas celui de la révolution mais de ses leaders qui se sont avérés nuls », estime Glib Vychlinsky, aujourd'hui analyste du marché. La désillusion est telle que les menaces de Mme Timochenko d'organiser une révolution bis laissent de marbre les Ukrainiens. « On ne peut connaître qu'un seul Maïdan dans sa vie. Pour ne pas gâcher la mémoire du premier, je n'irai pas au deuxième », a déclaré à l'AFP l'écrivain ukrainien Andreï Kourkov.


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