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Moyen Orient et Monde - Égypte

Au Caire, des étudiantes portent le niqab pour être respectées

Certaines jeunes femmes estiment que le voile intégral est une « obligation », surtout dans un pays où « le harcèlement sexuel est devenu courant ».

Le pouvoir ainsi que certains milieux religieux s’inquiètent de voir le niqab refléter la progression d’un islam intégriste.Philippe Desmazes/AFP

Indifférentes aux efforts du pouvoir et de certaines autorités islamiques pour restreindre l'usage du voile intégral, des étudiantes de l'université du Caire portant le niqab y voient « une obligation religieuse », qui les protège de surcroît du harcèlement. « C'est essentiellement pour éviter les harcèlements dans la rue et dans les transports que je mets un niqab », le voile noir qui ne laisse paraître que les yeux, affirme Marwa Mohammad, 19 ans, qui étudie le droit et veut être avocate.

Si les circonstances changeaient, et si elle n'était plus soumise à ce harcèlement, se débarrasserait-elle de son niqab ? La réponse est négative. « Le niqab me procure le respect, les gens me regardent d'un œil différent », assure-t-elle. Et d'ajouter avec un sourire que l'on devine dans ses yeux bordés de khôl et dans sa voix : « De toute façon, qu'est-ce qui va changer ? Le coût de la vie ? Le chômage, ou encore les prix inabordables des logements ? » « Tant que les jeunes n'ont pas les moyens financiers pour se marier, les harcèlements se poursuivront », estime l'étudiante.

Le hijab, voile qui couvre la tête et le cou mais laisse apparaître le visage, est généralement décrit par les ulémas musulmans comme un devoir religieux pour les femmes. Ce n'est pas le cas du niqab, que de hautes autorités religieuses égyptiennes ne voient pas comme une obligation. L'imam de la prestigieuse institution sunnite d'al-Azhar, cheikh Mohammad Sayyed Tantaoui, avait déclenché un vif débat en octobre dernier en déclarant que « le niqab n'est qu'une tradition » qui n'a « pas de lien avec la religion ».

Mais ces étudiantes se disent convaincues de se conformer à un précepte intangible et répètent ce qui semble être devenu leur slogan : « Bien sûr, le niqab est une obligation. » « Surtout dans les périodes, comme celle que nous vivons actuellement, où le harcèlement sexuel est devenu courant », s'efforce d'expliquer Aya, une étudiante en littérature arabe de 18 ans, qui porte le niqab depuis trois mois.

La justice égyptienne vient de donner gain de cause à ces étudiantes en suspendant les décisions de plusieurs universités - y compris celle dépendant d'al-Azhar - interdisant ou restreignant le port du voile lors des examens ou dans les cités universitaires. Le pouvoir ainsi que certains milieux religieux s'inquiètent de voir le niqab refléter la progression d'un islam intégriste d'inspiration salafiste, dans une société déjà très conservatrice.

Des raisons d'ordre public sont aussi avancées : risque de fraude sur l'identité de la personne, de tricherie aux examens, problèmes d'identification d'auteurs de vols, etc. Certains responsables universitaires avaient même repris l'argument de la protection de la pudeur, en affirmant que des hommes cherchaient à s'introduire dans les résidences des étudiantes en portant un niqab.

Mais pour ces jeunes étudiantes, le pouvoir cherche, en voulant restreindre l'usage du niqab, à donner une image irréelle du pays. « Le gouvernement veut interdire le port du voile pour imiter les Américains et les étrangers, pour dire que l'Égypte est un pays moderne et développé comme si du jour au lendemain nous allions devenir les États-Unis d'Égypte », lance Fatma Nasser, de la faculté des lettres.

La tenue stricte de Leila Mahmoud, 18 ans, qui fait des études de langue arabe, ne l'empêche pas de rêver d'un avenir professionnel. « Une diplômée portant le niqab peut-elle être acceptée comme journaliste ? » demande-t-elle. Et de répondre d'elle-même : « C'est sans doute difficile. »


Indifférentes aux efforts du pouvoir et de certaines autorités islamiques pour restreindre l'usage du voile intégral, des étudiantes de l'université du Caire portant le niqab y voient « une obligation religieuse », qui les protège de surcroît du harcèlement. « C'est essentiellement pour éviter les harcèlements dans la rue et dans les transports que je mets un niqab », le voile noir qui ne laisse paraître que les yeux, affirme Marwa Mohammad, 19 ans, qui étudie le droit et veut être avocate.
Si les circonstances changeaient, et si elle n'était plus soumise à ce harcèlement, se débarrasserait-elle de son niqab ? La réponse est négative. « Le niqab me...
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