Les revers s'accumulent ces derniers jours pour les forces occidentales, quelques semaines après l'annonce par le président américain et ses alliés de l'OTAN de l'envoi de près de 40 000 soldats pour tenter d'endiguer l'insurrection menée par les talibans, qui gagne du terrain et en intensité. L'annonce de la mort de 10 civils, dont huit adolescents, dans une opération à Kunar, a provoqué la colère du président afghan Hamid Karzaï et de son gouvernement qui a, via son Conseil national de sécurité (NSC), exigé que les responsables soient « livrés » aux autorités afghanes. Les autorités afghanes ont en plus annoncé qu'elles enquêtaient également sur la mort possible d'autres civils dans une frappe aérienne de l'OTAN près de Lashkar Gah, dans le Sud, un bastion rebelle comme Kunar. L'affaire de Kunar a provoqué l'émoi dans le pays. Trois manifestations, mercredi à Jalalabad et Kaboul, et hier à Asadabad, capitale de Kunar, ont réuni des centaines d'étudiants protestant aux cris de « Obama, tu es le Grand Satan » et « Obama, retire tes troupes d'Afghanistan ».
Mardi, c'est le contingent canadien basé à Kandahar, un autre fief taliban dans le Sud afghan, qui a été visé. Quatre soldats et une journaliste canadienne ont péri dans l'explosion d'une bombe au passage de leur véhicule blindé. Le lendemain, les talibans ont frappé un grand coup en tuant huit Américains, travaillant pour la CIA selon le Washington Post, sur une base militaire de la province de Khost, dans le Sud-Est. Selon un porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, l'homme, nommé « Samiullah », a actionné sa ceinture au milieu « d'agents de la CIA ». Les attaques sur les entrées des bases américaines sont fréquentes, mais il est extrêmement rare qu'un attentat soit perpétré à l'intérieur même d'une de ces bases, où les conditions de sécurité sont très strictes.
Avant même ces deux attaques, les forces internationales avaient déjà établi, de très loin, un record de pertes depuis leur arrivée en 2001, avec 512 morts, contre 295 en 2008 qui était déjà une année record, selon un décompte de l'AFP établi à partir du site Internet spécialisé icasualties.org. L'armée US à elle seule a vu le nombre de ses soldats disparus dans le cadre de la guerre doubler avec 311 morts en 2009, contre 155 en 2008. Le nombre de soldats américains et de l'ISAF doit être porté de 113 000 à 150 000 en 2010 afin de combattre l'insurrection des talibans. Or avec l'augmentation du nombre de troupes engagées, les pertes américaines devraient encore augmenter, préviennent plusieurs experts. Même le chef d'état-major interarmées américain, l'amiral Michael Mullen, en visite en Afghanistan le 14 décembre, avait prévenu qu'il fallait s'attendre au retour d'un nombre croissant de cercueils aux États-Unis. « Cette mission sera beaucoup plus difficile qu'elle ne l'était il y a un an » pour les soldats américains, avait-il admis. « J'ai dit à nos troupes de se préparer à plus de combats et à plus de pertes », car « l'insurrection est devenue plus violente, plus étendue, plus sophistiquée », et les talibans « plus efficaces », avait-il ajouté.
Par ailleurs, six « espions » afghans ont été décapités hier par des talibans dans l'Oruzgan, un fief des insurgés du sud de l'Afghanistan, a annoncé à l'AFP le chef de la police locale. Un septième homme a été trouvé la gorge tranchée, mais est toujours vivant, selon le responsable de la police. En outre, deux journalistes français ont été enlevés par des insurgés mercredi au nord-est de Kaboul avec leur interprète et leur chauffeur, a annoncé hier la police afghane. L'identité des deux hommes n'a pas été précisée.


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