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Nos lecteurs ont la parole

Concubinage !

Par Georges TYAN
Le peuple est invité à applaudir et à se taire : c'est la quintessence du programme dévoilé il y a quelque temps en grande pompe par le parti de Dieu, concomitamment à la laborieuse déclaration ministérielle, dont personne, en dépit du bien-fondé ou non de sa position, n'a pu changer un iota.
Ces choses dépassent le simple quidam, la haute voltige en politique n'est pas de son ressort. Comme ils étaient prémonitoires, ces encarts à la télévision informant, en le tournant en dérision, le bon peuple qu'on réfléchissait à sa place. Il n'avait pas à s'en faire, ni à fatiguer ses méninges.
Je n'ai rien contre le Hezbollah, et ce n'est pas à lui que je m'en prends, mais à tous ceux qui, par ignorance, aveuglément, calcul, égoïsme, malice ou veulerie, n'ont pas voulu ou su lui dessiner le contour des frontières de son expansion, pensant l'utiliser à leurs propres fins.
Des années durant le Libanais a pris l'habitude de monter de toutes pièces des anecdotes sur nos voisins et plus particulièrement sur les natifs de la région de Homs qui avaient bon dos. Même mon petit-fils, qui a 4 ans, s'est mis de la partie. Mais la réalité est tout autre et il s'est avéré que les Homsiotes ne sont pas ceux que l'on pense.
Voilà que nous payons au prix fort notre légèreté servile qui a débuté bien avant 1943 aux marches de la Sublime Porte, puis à celles de l'ambassade d'Angleterre, supplantée par notre tendre mère la France, passant par le nassérisme, puis l'arabité à outrance avec les cohortes de Palestiniens qui ont saccagé notre pays, pour accueillir, lui lançant des pétales de rose, la Syrie, venue en principe nous en débarrasser, puis la chasser, avant qu'elle ne nous revienne bras dessus bras dessous en un tango langoureux avec l'Iran.
Les habitudes ont la vie dure ! Quelles péripéties en soixante-six ans. C'est haletant. Il faut savoir retenir son souffle pour suivre mes pensées, qui vont uniquement à cette procession sans fin de personnes anonymes ou de renom, dont le martyre aura été somme toute vain.
Vain, pas tout à fait, car au fil du temps, des rebondissements, des deuils, des massacres ignobles, des déflagrations, nous avons quand même appris à sourire et goûter, sinon savourer cette aire de liberté et d'espoir, que nous avons forgée nous-mêmes et que malheureusement nous n'avons pas semble-t-il réussi à préserver.
L'histoire est supposée être un éternel recommencement, mais faut-il qu'à chaque fois il y ait un flot de larmes, de morts et de destructions ? Je crois que si ce fameux livre d'histoire avait été édité, aussi pénible que fut sa vérité, il nous aurait épargné pas mal de bavures et de tracas.
Personne ne veut regarder la vérité en face ; les observateurs sont légion, mais frappés de cécité sévère, nous avons participé à un mauvais jeu qui s'appelle à qui perd gagne, les dés étaient pipés. Quand même, au nom d'une certaine idée de la  démocratie, nous avons joué le jeu et ce n'était pas à notre corps défendant.
De part et d'autre il y avait dans le discours politique beaucoup de défis, d'arrogance, mais en définitive c'était le pot de fer contre le pot de terre. Tant qu'il y avait de la parlotte en l'air, les deux restaient identiques. Évidemment, au premier choc, celui en terre s'effrita en mille morceaux.
Ressasser la même rengaine lasse. Or, n'en déplaise à beaucoup, ce n'est qu'en relisant attentivement le passé même récent que l'on se prémunit contre les erreurs de l'avenir, surtout quand le devenir de tout un peuple, d'une nation, d'une patrie est dans la balance.
Et maintenant qu'allons-nous faire ? Le gouvernement est formé, il obtiendra à coup sûr une confiance des plus confortables, la minorité a phagocyté la majorité, les réserves et les combats d'arrière-garde ne sont que coups d'épée dans l'eau, le concubinage entre armée et résistance est une première mondiale, il entrera dans nos mœurs pour de longues années à venir.
Concubinage : terme introduit dans le lexique politique libanais version 2009 ; les rejetons des Phéniciens seront heureux d'avoir inventé autre chose que l'écriture, même si c'est du plagiat, fortement déplacé et décrié par ceux-là mêmes qui hurlent à l'indécence dès que l'on touche aux bonnes mœurs.
Il faut bien que les mentalités changent, c'est une demande nationale qui fait la une des quotidiens ; nous y sommes, ce n'est que le premier pas d'une longue promenade. Qui sait où elle nous mènera ? Sarcastique en effet, méchant à coup sûr, mais pragmatique. À défaut d'en pleurer, il vaudrait mieux en rire.
Il n'en demeure pas moins qu'un changement dans la mentalité de tous les protagonistes est inéluctable, que l'arrogance primaire exhalée par la bouche de tous ces exaltés de la politique s'estompe au profit de beaucoup d'humilité, de simplicité, de discernement, auxquels s'ajoutera une forte dose de bonhomie.
C'est le fin mot de cet épisode, qui s'est terminé en queue de poisson au soir des élections du 7 juin dernier. Le gagnant a, comme de coutume, perdu, le perdant a raflé la mise par le jeu des défections aiguisées par le ras-le-bol d'un américanisme empêtré dans ses contradictions locales et internationales, dont la seule constante est la pérennité de l'État juif.
Ceux qui ont en mémoire les événements des quarante ou cinquante dernières années approuveront le bien-fondé de ce retournement et la méfiance à l'égard des dirigeants à la bannière étoilée, à commencer par le Vietnam, passant par le chah d'Iran, Saddam Hussein et plus particulièrement chez nous quand le « New Jersey » tirait des salves à blanc sur la montagne. Ils ont laissé tomber leurs alliés comme une vieille chaussette.
Je suis persuadé quand même qu'il a fallu beaucoup de courage à M. Joumblatt pour effectuer ce revirement et d'abnégation à Saad Hariri pour avaler les couleuvres qu'on lui présentait en attendant les fourches caudines de son voyage à Canossa.
Reste l'incompréhension du grand public du 14 Mars, cette animosité dans laquelle il a vécu quatre ans durant et qu'on lui rendait bien, son appréhension que le concubinage entre armée et résistance ne fasse long feu. Chat échaudé craint l'eau froide, il y eut déjà un dérapage en mai 2007 qui a désacralisé l'armement du Hezbollah.
J'appelle ceux qui se sont érigés en tuteurs du 14 Mars ainsi que leurs homologues du 8 Mars, de faire preuve d'humilité et de lire le paragraphe de cet article où il est question de changement de mentalité.

Georges TYAN
Conseiller municipal de Beyrouth
Le peuple est invité à applaudir et à se taire : c'est la quintessence du programme dévoilé il y a quelque temps en grande pompe par le parti de Dieu, concomitamment à la laborieuse déclaration ministérielle, dont personne, en dépit du bien-fondé ou non de sa position, n'a pu changer un iota.Ces choses dépassent le simple quidam, la haute voltige en politique n'est pas de son ressort. Comme ils étaient prémonitoires, ces encarts à la télévision informant, en le tournant en dérision, le bon peuple qu'on réfléchissait à sa place. Il n'avait pas à s'en faire, ni à fatiguer ses méninges.Je n'ai rien contre le Hezbollah, et ce n'est pas à lui que je m'en prends, mais...
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