« Nous saurons demain (lundi) si les obligations islamiques seront payées ou non, car c'est la date à laquelle les créanciers doivent être payés », a déclaré à l'AFP Philipp Lotter, vice-président pour les compagnies du Golfe à l'agence de notation financière Moody's. Mais il a précisé que Nakheel, promoteur de certains des projets les plus audacieux de Dubaï dont Jumeirah Palm, l'île artificielle en forme de palmier, ne sera considéré en défaut de paiement qu'après une période de grâce de 14 jours. « Le 28 décembre, la compagnie sera considérée officiellement en défaut de paiement si elle ne rembourse pas » ses dettes, a-t-il indiqué. « Nous estimons que, jusqu'au dernier moment, il y a une possibilité de règlement, mais nous devons considérer l'hypothèse selon laquelle Nakheel ne payera pas », a-t-il encore dit.
Les autorités de Dubaï avaient secoué les milieux financiers en demandant, le 25 novembre, un moratoire de six mois sur la dette du conglomérat Dubai World qui s'élève à 59 milliards de dollars. Dubai World a annoncé le 30 novembre qu'il allait restructurer certaines des 10 compagnies composant le groupe, dont Nakheel, et renégocier avec les créanciers leur dette d'une valeur de 26 milliards de dollars. Nakheel en supporte six milliards en obligations islamiques, dont 3,5 milliards viennent à maturité lundi.
Pour l'analyste Fahd Iqbal, de la banque régionale d'investissements EFP-Hermès, l'option d'un paiement par Nakheel de 4,1 milliards de dollars, comprenant les obligations avec leurs bénéfices, « n'est pas impossible, mais elle laisserait moins de fonds disponibles pour payer d'autres obligations de dettes ». « La deuxième option, qui est pour Nakheel de se déclarer en défaut de paiement, pourrait théoriquement permettre aux créanciers de saisir les avoirs de Dubai World », a-t-il expliqué.
Il a estimé que le scénario le plus probable serait « un repavement partiel des obligations, par exemple sur la base de 60 ou 70 cents pour un dollar », et une restructuration du reste de la somme à un taux d'intérêt plus élevé.
Obliger Nakheel à se déclarer en défaut de paiement ne garantirait cependant pas ses créditeurs de pouvoir saisir facilement ses avoirs.
« Cette stratégie pourrait donner le coup d'envoi d'une longue et coûteuse bataille judiciaire, dont l'aboutissement est extrêmement incertain », estime M. Iqbal.
Parmi les difficultés légales à surmonter figure « la désignation de la juridiction appropriée (étrangère ou émiratie), plusieurs avoirs étant basés à l'étranger mais détenus par des entités de Dubaï », selon lui. « Nous estimons qu'une telle option n'est dans l'intérêt d'aucune des parties » concernées, ajoute-t-il.
L'impact d'un défaut de paiement par Nakheel affectera non seulement Dubai World, mais toutes les autres entreprises gouvernementales et leur capacité à lever des fonds sur les marchés financiers.
Mais, selon M. Lotter, le mal est déjà fait. « Pour nous, cela ne fait pas de différence que Nakheel soit en défaut de paiement ou pas », affirme-t-il, rappelant que le gouvernement de Dubaï avait clairement dit qu'il ne garantirait pas la dette de Dubai World et de ses filiales. Malgré ce ton pessimiste, les Bourses de Dubaï et d'Abou Dhabi ont fermé en hausse hier, reflétant un certain retour à la confiance chez les investisseurs.


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