Le Ba Hung, aujourd'hui commandant du destroyer américain USS Lassen. Oang Dinh Nam/AFP
Le 30 avril 1975, jour de la chute de Saigon, Le Ba Hung venait d'avoir cinq ans quand il a fui sur un chalutier avec ses parents, trois de ses frères et sœurs, et quelques centaines de Vietnamiens. La guerre s'achevait, les communistes allaient prendre le pouvoir sur un pays réunifié. « Nous sommes partis avec environ 200 passagers », raconte le commandant devenu américain. « Quand nous avons été recueillis par le navire américain, le nombre avait doublé, à environ 400 personnes. » Avant de croiser le vaisseau, le chalutier avait passé deux jours en mer et lui-même pris en charge des réfugiés partis sur de plus petites embarcations.
En quittant le Vietnam, Le Ba Hung allait laisser derrière lui quatre autres frères et sœurs, restés dans le centre à Hué, leur ville d'origine située près de Danang où son destroyer, l'USS Lassen, fait escale. Ils ne seraient pas réunis avant plusieurs années. Depuis, une partie de sa famille est revenue au Vietnam. Lui dit n'en avoir jusqu'ici pas eu l'occasion.
Le Ba Hung a embrassé la carrière de marin pour suivre les « pas » de son père. Ce dernier était commandant dans la marine du Sud-Vietnam, soutenu par les Américains face aux communistes du Nord pendant la guerre. Il n'a, lui, jamais refoulé son sol natal. Comme la famille du commandant, des centaines de milliers de Vietnamiens ont fui à la fin de la guerre en 1975 comme boat people, souvent au péril de leurs vies. Certains, comme d'autres partis encore avant, à la débâcle du colonisateur français en 1954, n'ont jamais franchi le pas du retour.
Les relations entre le Vietnam et une grande partie de sa diaspora sont empreintes d'une méfiance réciproque et d'une amertume qui n'ont commencé que récemment à s'estomper. De plus en plus de Vietnamiens « d'outre-mer », dits « Viet Kieu », reviennent pour affaires ou s'établir. Conscient du réservoir de matière grise et de capitaux - les « Viet Kieu » auraient renvoyé au pays quelque 8 milliards de dollars en 2008, selon des estimations de Hanoi -, le pays les courtise de plus en plus.
Même si Hanoi n'hésite pas à encore taxer de « forces hostiles » les Vietnamiens de l'étranger qui luttent pour le multipartisme sur son territoire, elle accorde de plus en plus de droits à ses expatriés : accès facilité à la propriété, exemption de visa, double nationalité.
Une reconnaissance croissante qui va aussi de pair avec le réchauffement des relations avec Washington. Les États-Unis ont levé leur embargo économique sur le pays en 1994, un an avant la normalisation des liens diplomatiques. Depuis, le marché américain est devenu le premier à l'export du Vietnam. Et, à mesure que la population vietnamienne s'inquiète d'autres ambitions étrangères, surtout chinoises en mer de Chine du sud, les navires américains font de plus en plus escale dans le pays. « Je suis heureux de voir que nous avançons vers des relations encore plus fortes », se félicite Le Ba Hung. « Cette visite en est un symbole tangible. »
Le commandant, « extrêmement ému » de revenir dans un pays dont « la culture, le peuple, les traditions » sont malgré la distance restés pour lui « tellement importants », devait rendre visite à des membres plus éloignés de sa famille restés à Hué. Et n'exclut pas de revenir un jour en simple touriste.
Aude GENET (AFP)


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine