Hier, quelque 10 000 salariés d'Opel se sont rassemblés devant le siège du constructeur à Rüsselsheim (Ouest) pour protester contre la décision de GM, et environ 7 000 au total devant trois autres sites Opel, à Bochum, Eisenach et Kaiserslautern.
« C'est inconcevable comme General Motors a joué avec les sentiments, les peurs, les soucis, la détresse des salariés d'Opel et de leurs familles », s'est emporté devant la foule le chef du comité d'entreprise d'Opel, Klaus Franz.
Le feuilleton Opel, qui a connu de nombreux rebondissements depuis un an, est considéré comme stratégique par le gouvernement, soucieux de préserver les 25 000 emplois en jeu en Allemagne.
Le 10 septembre, Angela Merkel avait tenu à annoncer elle-même, rayonnante, que la solution qu'elle privilégiait pour sauver le constructeur avait finalement été retenue par GM, une décision considérée alors comme définitive et qui sonnait comme un triomphe personnel pour la chancelière, en campagne pour sa réélection.
Depuis, Mme Merkel a été réélue, mais le coup de théâtre venu de Detroit a fait l'effet d'un « coup de tonnerre », selon le Frankfurter Rundschau. Une surprise d'autant plus désagréable que la chancelière, lorsqu'elle a appris la nouvelle, venait à peine de quitter la Maison-Blanche. Barack Obama ne lui avait rien dit du revirement de GM parce qu'il affirme n'avoir été lui-même pas au courant à ce moment-là, a indiqué hier le porte-parole de Mme Merkel.
L'État américain détient plus de 60 % du capital de GM mais assure régulièrement ne pas s'immiscer dans la gestion quotidienne de l'entreprise.
Pour la presse allemande d'hier, cette affaire fait cependant « beaucoup de tort aux relations germano-américaines ».
La chancelière a fait savoir mercredi soir par téléphone au président américain « que son gouvernement presserait General Motors de présenter le plus vite possible un nouveau projet pour Opel », selon le porte-parole de Mme Merkel.
Le PDG de General Motors, Friz Henderson, s'est dit hier « confiant » dans le financement du plan de restructuration d'Opel, évalué à 3 milliards de dollars. Il a aussi rappelé que le groupe américain avait « les ressources pour rembourser le prêt » d'urgence de 1,5 milliard d'euros accordé par le gouvernement allemand pour maintenir Opel à flot et que Berlin veut récupérer « d'ici à fin novembre ».
Plusieurs quotidiens évoquent un « chantage » de GM sur les salariés d'Opel, car il les aurait « menacés d'une faillite s'ils s'opposaient à la restructuration » du groupe, qui doit se solder par 10 000 suppressions de postes en Europe, soit 20 % des effectifs.
Ce chiffre, avancé mercredi par John Smith, vice-président de GM, est sensiblement le même que celui évoqué jusqu'à présent en cas d'acquisition d'Opel par Magna/Sberbank.
La différence devrait porter sur la répartition des coupes entre les usines européennes. Plusieurs partenaires de l'Allemagne lui avaient reproché, à travers la solution Magna, de privilégier les usines allemandes face à celles situées ailleurs en Europe.
Au-delà de la colère contre GM, plusieurs éditorialistes soulignent toutefois que le gouvernement allemand paie le prix de son entêtement et de son aveuglement. Berlin a « commis de graves erreurs », notamment en misant trop tôt sur une seule solution, juge le Süddeutsche Zeitung.


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