Au moins huit personnes, dont cinq employés étrangers de l'ONU et deux policiers, ont été tuées hier à Kaboul dans une attaque menée par les talibans.Le président afghan, Hamid Karzaï, a ordonné la mise en place immédiate d'une « sécurité renforcée » pour les organisations internationales à Kaboul après cette attaque « inhumaine ». Le chef de l'ONU en Afghanistan, Kai Eide, a promis que ce nouveau coup de force des talibans ne dissuaderait pas les Nations unies de poursuivre leur mission dans ce pays. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est déclaré « profondément choqué et scandalisé » par « ces meurtres méprisables ». La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a « fermement condamné le lâche attentat » et rappelé « l'inaltérable » soutien de son pays au second tour de l'élection présidentielle. « À Kaboul, il y a de toute évidence une tentative d'empêcher les Afghans de choisir leur prochain gouvernement », a dit le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs. Mais cette tentative « ne réussira pas », a-t-il assuré. L'OTAN a appelé les Afghans à participer au scrutin présidentiel et à ne pas céder aux talibans. La présidence de l'Union européenne s'est dit « choquée et consternée par cet acte odieux de terrorisme ». L'attaque a débuté vers 05h30, lorsqu'un « groupe de terroristes », selon la police, a pris d'assaut la maison d'hôtes Bekhtar, d'où des flammes se sont rapidement élevées, tout près du bâtiment du ministère afghan de la Femme, dans le quartier central de Shar-e-Now. L'attaque, menée par des kamikazes déguisés en policiers et équipés de ceintures d'explosifs et d'armes automatiques, selon le ministère de la Défense, s'est terminée à 08h30, après trois heures de coups de feu et d'explosions et la neutralisation des trois attaquants. Peu après, deux roquettes sont tombées dans les jardins de l'hôtel de luxe Serena. Un Américain figure parmi les morts, selon l'ambassade des États-Unis.
« Ils sont entrés par la porte principale. J'ai entendu des tirs d'armes légères » suivis d'explosions, a raconté John Christopher Turner, 62 ans, qui dit travailler pour une société de transport afghane sous contrat avec le département américain de la Défense pour ravitailler l'armée américaine. « Je crois que leur intention était d'entrer et de prendre des otages. Vous savez, il y avait une trentaine d'employés de l'ONU et ils étaient tous là pour les élections. On dirait qu'ils ont été visés pour ça », estime M. Turner. Le temps qu'il attrape sa kalachnikov et descende les escaliers, les flammes rongeaient déjà le rez-de-chaussée. À ce moment-là, « un des kamikazes a tué une femme alors qu'elle essayait d'échapper aux flammes, il s'est fait exploser », explique le « contractor ». Deux autres femmes ont succombé dans l'épaisse fumée qui a envahi le bâtiment après l'explosion, poursuit-il. « La fumée était étouffante. (...) Elles étaient dans leurs chambres, paniquées. » M. Turner était au téléphone avec elles. « Elles criaient, hurlaient "Je meurs" ou "Que devons-nous faire ?" conte ce natif de l'État américain du Kansas. J'en ai réchappé tout juste moi-même. »
Les talibans ont revendiqué cet assaut, indiquant qu'il s'agissait de la « première étape » d'une campagne visant à déstabiliser le second tour de l'élection présidentielle.