« Regagnez votre virginité en cinq minutes (...) sans chirurgie ni médicaments. Grâce à "Gigimo", vous pouvez revivre votre "première fois" quand vous voulez et autant de fois que vous le souhaitez ! » Cette annonce publicitaire faisant la promotion d'une sorte d'« hymen artificiel » fabriqué en Chine serait peut-être passée inaperçue en Occident, mais, dans un pays conservateur comme l'Égypte, elle a eu l'effet d'une bombe. Sa diffusion, il y a une dizaine de jours, sur Radio Netherlands en langue arabe a scandalisé la rue égyptienne et poussé de nombreux parlementaires à mener une campagne acharnée contre l'importation de ce produit jugé « contraire aux mœurs ».
Pour le prix de 30 dollars américains, le produit en question propose aux femmes qui ont déjà eu des relations sexuelles et qui sont sur le point de se marier de tromper leur futurs époux en « truquant » leur virginité. « Gigimo » est un sachet contenant une petite quantité de liquide rouge, censé se déchirer au moment des rapports sexuels. En Égypte - comme dans la plupart des pays arabo-musulmans - la virginité d'une femme est une question d'honneur et les relations sexuelles hors mariage sont illicites.
Pour cheikh Sayed Askar, député proche des Frères musulmans, ce produit est « dangereux » car il encourage la femme à « succomber à la tentation du vice ». Il a appelé les autorités à interdire l'importation de « Gigimo » « afin de protéger les valeurs de la société arabe ». « Ce produit encourage les relations sexuelles illicites, s'est également insurgé Abdel-Moeti Bayoumi, député et théologien à l'université d'al-Azhar. Ceux qui décident de l'importer devraient être punis conformément à la loi islamique. »
La polémique s'est également emparée de la blogosphère égyptienne où nombre d'internautes n'hésitent pas à qualifier le produit chinois de « satanique ». « Comment notre société est-elle devenue aussi corrompue ? » se demande Mohammad al-Jarayihi sur son blog, tout en s'emportant contre les chaînes satellitaires arabes qui, selon lui, « ne diffusent que des vidéos de femmes à moitié nues tout au long de la journée ». Samer Armouche, un autre internaute égyptien, accuse de son côté « l'engouement aveugle » de ses compatriotes pour la laïcité et les valeurs occidentales d'être à l'origine de la « dégradation de la société ». « Que Dieu protège les musulmanes », écrit-il encore.
« Si ce produit est vendu sur le marché égyptien, j'enfermerai mes filles dans leur chambre à double tour pour les protéger », réagit pour sa part Oum Mamdouh sur le forum de la chaîne qatarie al-Jazira. « Ce sera la fin du monde, s'emporte de son côté Hiba Ramzi, une autre internaute. Aucun homme ne voudra plus épouser une Égyptienne car il aura toujours un doute qu'elle le trompe. »
« C'est un crime contre l'humanité ! » affirme-t-elle. Plus radical, Ahmad Hussein, un père de famille égyptien qui dit venir d'un milieu rural, jure qu'il préfère tuer ses filles plutôt que de supporter les « qu'en dira-t-on ». Pour Fouad al-Zoubairi, « ce produit dégoûtant est l'œuvre du diable en personne ». « Les Chinois sont capables de tout fabriquer à bas prix, même l'honneur ! » écrit-il encore. « C'est à combien ? Seulement 30 dollars ? Je m'en achèterai bien quatre ou cinq », déclare sur un ton ironique un autre internaute sous couvert d'anonymat.
« Cette affaire est une plaisanterie », estime, de son côté, Howeida Hasanein, une gynécologue citée par al-Jazira. « On ne peut pas fausser une virginité avec un simple gadget », affirme-t-elle encore, tout en mettant en garde contre les effets néfastes et dangereux que peut avoir un tel produit sur la santé des femmes.


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