« J'ai compris que vous me soutenez et je suis prêt à faire de mon mieux pour la prospérité de notre région », écrit Joaquim Crima, qui vend des pastèques et des melons cultivés par son beau-père. Sur un petit marché couvert d'un village proche de Sredniaïa Akhtouba, le candidat, vêtu d'un costume noir et d'une chemise blanche à col ouvert, est bien accueilli par la population locale. Ceux qui le connaissent l'appellent par son patronyme russe, Vassili Ivanovitch, donné par des élèves d'une faculté de Volgograd où il a fait des études avant d'épouser sa femme d'origine arménienne. « Hé, tu t'es pas trompé ? T'es pas en Amérique ici ! » plaisante un sexagénaire en allusion à la couleur de peau de Joaquim Crima qui fait de lui une exception dans cette région.
Barack Obama, le premier président américain noir des États-Unis, a beaucoup pesé dans la décision du Guinéen, aujourd'hui de nationalité russe, de se présenter. « Cela faisait déjà un moment que j'y réfléchissais, mais avec l'arrivée d'Obama, je me suis dit : ça y est, c'est le moment », dit-il dans un russe limpide.
« Où est votre affiche ? J'ai envie de voter pour vous », lance une jeune femme au candidat entouré de gens près d'un étal de viande. Certains lui demandent si, une fois élu, il y aura des canalisations dans les rues, très boueuses dès qu'il pleut, et l'accès au gaz naturel pour tous les foyers. Joachim Crima explique que c'est prévu. « Il y a de l'argent, mais il n'est pas utilisé correctement », dit-il en allusion à la corruption contre laquelle il entend lutter. Membre de Russie unie, le parti présidé par le Premier ministre Vladimir Poutine, il promet aussi de reconstruire les fermes laitières et de restaurer les serres pour fruits et légumes détruites dans la débâcle des années 1990.
Dans les commerces ou dans la rue, certains lui souhaitent « bon courage » et « bonne chance pour l'élection », tandis que d'autres refusent de prendre le tract du candidat ou de discuter avec lui dans une indifférence symptomatique de toute campagne électorale.
Connu sur les marchés locaux, Joachim Crima, 37 ans, bénéficie d'une nouvelle popularité depuis que de nombreux médias russes et étrangers se sont intéressés à sa candidature. Lorsqu'il est arrivé en 1995 à Volgograd, l'ex-Stalingrad, pour faire des études, l'Africain se souvient que c'était difficile pour lui dans un pays où les agressions à caractère xénophobe sont courantes. « Pour beaucoup de gens, j'étais le premier Noir qu'ils voyaient. Je leur faisais peur, sourit-il. En plaisantant, je leur disais : ne craignez rien. Je viens de manger. Je n'ai plus faim. Mais demain, attention ! »
Benoît FINCK (AFP)


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