« Bien sûr qu'il savait que j'étais une escort girl », a assuré jeudi soir Patrizia d'Addario, sur l'antenne de la Rai 2. L'émission, qui s'est achevée peu avant minuit, a été vue par 7,3 millions de téléspectateurs, selon les estimations de la chaîne publique.
Le président du Conseil, âgé de 73 ans, n'a jamais nié avoir passé une nuit avec elle, mais affirme qu'il ignorait sa profession et celle des autres call-girls invitées à ses soirées. « Même les autres filles savaient que je devais rester là cette nuit. Tout le monde savait que j'étais une escort girl », a insisté Patrizia d'Addario.
Paolo Bonaiuti, porte-parole de Silvio Berlusconi, a dénoncé des « ragots » et le ministre de la Culture, Sandro Bondi, a jugé l'émission « dégradante et incivique ». L'intéressé s'est quant à lui « indigné » de voir l'émission diffusée sur une chaîne publique, dit-on dans son entourage. Il Giornale, propriété de la famille Berlusconi, accuse les producteurs de relayer des « mensonges » et de « recevoir des prostituées pour traîner le président du Conseil dans la boue ».
Plusieurs membres du parti de Silvio Berlusconi avaient été invités sur le même plateau, mais le chef du gouvernement a enjoint aux ministres et parlementaires de boycotter l'émission, selon lui à la solde de l'extrême gauche.
Les mœurs du chef du gouvernement défrayent la chronique depuis les révélations de son ex-épouse qui a demandé le divorce en mai en l'accusant de « fréquenter des mineures ». Il nie avoir jamais eu des relations tarifées et ses avocats affirment qu'il n'était que l'« utilisateur final ».
L'affaire a pris un nouveau tour avec le procès de l'homme d'affaires Gianpaolo Tarantini, poursuivi pour corruption à Bari, dans le sud de la péninsule.
Assigné à résidence après une inculpation pour trafic de drogue, il a reconnu avoir participé au recrutement de jeunes femmes pour les soirées du « Cavaliere », mais assure lui aussi que Silvio Berlusconi ignorait qu'il s'agissait de prostituées. « Je les présentais comme des amies sans dire que je les payais parfois », a-t-il expliqué à la presse.
Patrizia d'Addario, 42 ans, a enregistré sur son téléphone portable des conversations explicites à ce sujet et les a rendues publiques après plusieurs promesses non tenues, dont celle d'un siège au Parlement européen.
La première fois qu'elle s'est rendue à une soirée organisée à la résidence romaine du président du Conseil, a-t-elle raconté, elle a refusé d'y passer la nuit et n'a perçu que la moitié des 2 000 euros que Gianpaolo Tarantini lui avait promis. La deuxième, au soir du 4 novembre 2008, date de l'élection du président américain Barack Obama, elle a en revanche accepté.
L'atmosphère, a-t-elle précisé, était celle d'un harem. Une autre prostituée du nom de Barbara Montereale a, elle aussi, assuré que « toutes les filles savaient » qu'elles pouvaient obtenir davantage d'argent de Tarantini en passant la nuit chez Silvio Berlusconi.
Silvio Berlusconi poursuit en diffamation plusieurs journaux en Italie et en Europe pour leur couverture des scandales. Les journalistes italiens sont invités à manifester samedi contre les pressions imputées aux pouvoirs publics.
Le président du Conseil affirme disposer du soutien de 70 % des Italiens, mais les sondages font état d'une cote de popularité d'environ 50 %, un niveau qui reste élevé pour un chef de gouvernement compte tenu de la crise économique.


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