La situation du Japon se révèle d'un intérêt particulier en raison d'une population dont le vieillissement s'accentue davantage qu'ailleurs, et d'une contraction du marché intérieur qui force les entreprises à exporter toujours plus. Ainsi, les firmes pharmaceutiques japonaises doivent non seulement continuer à développer des molécules nouvelles malgré les contraintes financières grandissantes du système de santé public, mais surtout essayer d'accroître leur présence au niveau mondial afin de multiplier leurs débouchés. Parallèlement, les grands acteurs du secteur doivent dorénavant élargir leur activité au-delà du médicament de prescription sous brevet vers les génériques, les vaccins ou encore la nutrition, par exemple. Cette tendance de fond vise à amortir l'évolution cyclique de l'industrie du médicament, dont souffrent les évaluations boursières des sociétés. Enfin, quand se généralisent les plans de réduction des coûts, aussi bien ceux relatifs à la vente qu'à la production ou à la R&D, on peut se demander ce qui soutient cette dernière ou au contraire la freine, mais aussi quelles sont les principales caractéristiques financières des firmes championnes de la R&D, et ce qui leur permet de conserver leur place en tête.
Nous avons pu montrer dans une étude récente que le niveau des investissements en R&D des entreprises japonaises dépend non pas du financement interne par les cash-flows, mais essentiellement du financement par emprunt à long terme. L'industrie pharmaceutique illustre bien ces caractéristiques financières, même si le lien entre investissement et rentabilité s'avère délicat à établir directement, en raison de l'horizon de la R&D. Les plus gros investisseurs en R&D (relativement au chiffre d'affaires) sont surtout de grands groupes, bien évalués par le marché, et distribuant un peu moins de dividendes que les autres. Nos résultats indiquent que les dépenses de R&D, en termes tant absolus que relatifs, vont croissant avec la taille de l'entreprise, signe d'un effet de mutualisation des ressources, de diversification, ou d'économies d'échelle.
Dans le cadre de la nécessaire maîtrise des dépenses de santé, si les firmes pharmaceutiques japonaises ne sont pas suffisamment rémunérées pour leurs innovations médicamenteuses, elles sont susceptibles de perdre du terrain face à leurs rivales internationales dans une industrie mue par le progrès technologique. Si un niveau élevé de R&D n'est pas forcément synonyme de succès futur des innovations ni de rentabilité élevée, pourquoi continuer à investir en R&D ? Peut-être en raison de l'impérieuse nécessité de rester dans la course mondiale de la recherche, et de tenter de profiter du cercle vertueux entre innovation et rentabilité. Peut-être aussi parce que même si la croissance n'est pas toujours au rendez-vous, il y va de la simple survie de l'entreprise.
Spécialiste de finance à l'université de Poitiers, professeur à l'ESA
En coopération avec : ESA


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