Ce discours contraste avec l'enthousiasme qui avait présidé au premier Forum Chine-Afrique (Focac) à Pékin en 2000, beaucoup de dirigeants africains voyant dans l'émergence de l'aide chinoise non liée une manière de diversifier leurs financements, face à des pays occidentaux de moins en moins tolérants sur la corruption et le déficit démocratique.
Principales critiques africaines : le manque de transferts de technologie en faveur de l'Afrique, la mauvaise qualité des produits chinois et surtout le déséquilibre des échanges, l'essentiel des importations africaines de la Chine étant le pétrole.
Dans un rapport publié en septembre, l'Institut sud-africain des affaires internationales (SAIIA) note que « la part de l'Afrique dans les échanges chinois reste relativement minime (4 % en 2008 contre 2 % en 2002) », mais que le commerce bilatéral a été « quasiment multiplié par 9, passant de 12,3 milliards de dollars en 2002 à 107 milliards en 2008 ».
« Les industries extractives comptent pour 87 % du total des importations en 2007, dont 83 % de pétrole. L'Afrique est désormais le second fournisseur de pétrole (26 % en 2007) de la Chine », précise le document.
Seuls les pays africains producteurs de pétrole bénéficient de la montée en puissance chinoise. « L'Afrique de l'Ouest a enregistré constamment une balance commerciale déficitaire avec la Chine, de l'ordre de 80 % », rappelle l'économiste béninois Guillaume Moumouni.
Concernant les nombreux chantiers chinois en Afrique, « l'argent investi ne profite pas aux économies locales, il ne circule pas », déplore le chercheur sud-africain Tsidiso Disenyana.
« La Chine amène ses propres ingénieurs et ouvriers (...), des clauses devraient assurer un certain niveau de transfert de technologie, de formation pour les employés locaux », lance-t-il.
Rappelant que la Chine a rempli la plupart de ses engagements du premier Focac - annulation de la dette, doublement de l'aide directe à l'Afrique, exemptions douanières - l'ambassadeur de Chine auprès de l'UA, Gu Xiaojie, met en avant des arguments séduisants.
« Nous respectons la souveraineté des pays africains à choisir leur mode de développement et nous n'intervenons jamais dans les affaires intérieures, pas plus que nous ne lions politiquement l'aide aux gouvernements (...), nous tentons de combiner les avantages mutuels », affirme-t-il.
Certains experts reprochent aussi à l'Afrique de ne pas bien se défendre : « Que la Chine aille là où se trouvent les ressources dont elle a besoin, c'est normal. Mais on remarque un enthousiasme un peu béat face à la soif de la Chine en matières premières, oubliant que ces ressources ne sont pas inépuisables », estime M. Moumouni.
« Nous les Africains devons sortir de ce type de rêverie d'une puissance, toute bénévole, qui vient pour nos beaux yeux ou parce que nous nous prévalons de notre pauvreté », ajoute-t-il.
« Aujourd'hui on parle de la Chine, mais demain ce sera l'Inde ou encore le Brésil qui mènent beaucoup d'offensives en Afrique selon le même schéma », conclut-il.
« C'est pourquoi nous sommes en train à l'UA d'accélérer le processus d'intégration qui permettra à l'Afrique de tenir un même langage », répond M. Kouassi, notant que l'UA vise à « faire en sorte que les pays d'Afrique négocient dans les relations internationales unis et solidaires afin de renforcer le pouvoir de négociation du continent vis-à-vis de n'importe quel partenaire ».


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