La campagne électorale de son parti Union démocrate-chrétienne (CDU) a entièrement reposé sur la personne d' « Angie », jugée pourtant peu charismatique et piètre oratrice. Sans programme électoral détaillé, elle a agité le spectre d'une alliance entre les sociaux-démocrates (SPD) et l'extrême gauche (Die Linke) pour promouvoir la coalition qu'elle aimerait former avec les libéraux du FDP.
Lorsqu'elle est désignée chancelière le 22 novembre 2005, Angela Dorothea Merkel entre déjà dans l'histoire : elle est la première femme à diriger l'Allemagne, la première depuis la Britannique Margaret Thatcher à gouverner un grand pays européen, et le premier chef de gouvernement issu de l'ex-RDA. Celle que le magazine Forbes a élue « femme la plus puissante de la planète » quatre ans de suite s'est illustrée à la présidence tournante de l'Union européenne en faisant adopter le traité de Lisbonne. La crise venue, elle essuie de vives critiques de ses partenaires lorsqu'elle refuse un plan de relance européen. Elle devient « Madame Non ». Aujourd'hui le malaise semble dissipé. Malgré des personnalités aux antipodes, le président français Nicolas Sarkozy dit apprécier cette femme « courageuse, loyale, intelligente ». Franche à l'extérieur, la chancelière rappelle à l'ordre la Russie sur les questions de droits de l'homme et exige du pape Benoît XVI qu'il prenne ses distances avec les théories négationnistes d'un évêque intégriste.
En politique intérieure en revanche, elle évite les positions tranchées. Contrainte de cohabiter avec le SPD, elle a abandonné les thèses libérales qu'elle défendait en 2005 et se contente de généralités, répétant : « La croissance crée des emplois. » Seule exception : elle se bat pour le sauvetage du constructeur automobile Opel et ses 25 000 emplois en Allemagne, et sa reprise par l'équipementier canadien Magna associé à une banque publique russe.
Beaucoup d'Allemands saluent son pragmatisme et sa simplicité. Mais ses convictions restent un mystère pour eux.


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