« Face aux contrôles renforcés en Europe, dans la zone Schengen, les trafiquants sud-américains ont préféré passer par la voie africaine pour remonter ensuite la cocaïne par petites quantités jusqu'au marché européen », explique Gilles Sabatier, attaché de sécurité intérieure auprès de l'ambassade de France au Venezuela. Une voie « plus courte » et moins surveillée, car « l'Europe et les États-Unis n'ont pas les moyens de patrouiller en permanence au large de l'Afrique occidentale » et « les pays africains n'ont ni les ressources ni les capacités nécessaires pour intercepter des cargaisons », détaille Jay Bergman, directeur régional de l'Agence antidrogue américaine (DEA) à Bogota. « Les services de répression ivoiriens ne disposent que de quatre chiens renifleurs là où il nous en faut une dizaine », souligne le patron de la lutte antidrogue ivoirienne, Lucien Solou Gnoléba, qui plaide pour une coopération internationale.
Les pays sud-américains ont entendu le message, à commencer par la Colombie, premier producteur mondial de cocaïne. « Le général en chef de la police nationale colombienne, Oscar Naranjo, a invité les chefs des polices de plusieurs pays africains à assister à des conférences sur les stratégies de lutte antidrogue en Colombie », témoigne M. Bergman. Le Brésil a également « commencé à former des policiers de São Tomé et Principe, de Guinée Bissau, d'Angola et du Cap-Vert » et est « prêt à créer une académie de police en Guinée-Bissau » à condition que l'Europe y participe, selon Luiz Cravo Dorea, directeur de la lutte antidrogue au sein de la police fédérale brésilienne.
« L'Afrique et l'Amérique du Sud doivent être aidées par les pays consommateurs », abonde M. Sabatier, qui cite l'exemple d'un projet lancé en Colombie par l'ONUDC, avec des fonds européens. Il vise à renforcer la coopération entre les forces de sécurité et les services de renseignement des pays d'Amérique latine et d'Afrique occidentale dans la lutte contre le trafic de cocaïne. « Beaucoup de choses ont déjà été réalisées, mais il nous reste encore un très long chemin à parcourir », estime M. Bergman, pour qui « la meilleure option est de couper la route de la drogue en Amérique du Sud ». « Cela prendra des années, voire des décennies, de mettre en place les ressources nécessaires en Afrique de l'Ouest. C'est beaucoup plus facile de couper le flux de cocaïne à la source », plaide-t-il.
Gaël FAVENNEC (AFP)


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