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Moyen Orient et Monde - Éclairage

L’origine de la flambée de « violence tribale » au Sud-Soudan demeure ambiguë

À l'approche des élections d'avril prochain, plusieurs analystes pronostiquent une recrudescence des affrontements.

Vol de bétail, concurrence pour l'accès aux ressources naturelles, vengeance tribale, lutte interne au sein de l'armée sudiste ou funeste dessein de Khartoum pour replonger le Sud dans la guerre civile : les causes de l'accès de violence au Sud-Soudan demeurent ambiguës. Depuis le début de l'année, chaque mois amène son lot de « violences tribales » au Sud-Soudan, région enclavée plus vaste que la France, gorgée de pétrole, où tout reste encore à faire quatre ans après la fin d'une guerre sanglante (1983-2005) avec le nord du pays. Quelque 700 morts par ci, 450 autres par là, les affrontements se suivent au Sud-Soudan cette année mais ne se ressemblent pas tous.
« Par exemple dans l'État (sudiste) de Lakes, il y a une sorte de montée en flèche des querelles entre différentes branches (de la tribu) Dinka. Ces querelles peuvent être qualifiées de tribales... » explique Douglas Johnson, spécialiste britannique du Sud-Soudan. Mais « dans un endroit comme l'État de Jonglei... il y a sans aucun doute les vestiges de vieilles milices qui ont accès à de nouveaux stocks d'armes et opèrent en fonction d'un agenda pas nécessairement lié aux querelles locales », précise-t-il.
Des hommes armés de la tribu Lou Nuer ont attaqué dimanche le village de Duk Padiet, peuplé en majorité de membres de la tribu voisine des Dinka Hol, dans l'État de Jonglei. Plus d'une centaine de personnes sont mortes, des cases ont été brûlées et des milliers de personnes déplacées. Les violences tribales - souvent motivées par le vol de bétail, les disputes sur les ressources naturelles ou la vengeance - sont monnaie courante au Sud-Soudan. Mais cette année, elles ont pris une nouvelle ampleur, témoin le nombre d'enfants et de femmes ciblés, l'ampleur des morts et un plus grand nombre de tués que de blessés. Et dans le cas de la dernière attaque, « il est à peu près clair qu'elle visait les forces de l'ordre elles-mêmes », et non seulement la tribu voisine, souligne David Gressly, coordonnateur pour le Sud-Soudan de la Mission de paix des Nations unies au Soudan (Unmis), qui y voit là un nouvel élément. Des responsables du Sud-Soudan ont accusé le Parti du congrès national (NCP), formation du président Omar el-Béchir au pouvoir à Khartoum, d'armer des milices comme celle des Lou Nuer afin de déstabiliser le Sud à l'approche des élections soudanaises d'avril 2010 et du référendum en 2011 sur l'indépendance du Sud-Soudan. « Il y a toutefois très peu de preuves pour étayer ces allégations. Ce qui ne veut pas dire qu'elles ne soient pas vraies », remarque E.J. Hogendoorn, directeur de l'organisme International Crisis Group pour la Corne de l'Afrique. Ce dernier constate aussi des tensions au sein de l'armée sudiste. À la fin de la guerre civile Nord-Sud, différentes milices sudistes - dont certaines ayant servi de supplétif à l'armée nordiste - ont été intégrées à l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), le plus grand mouvement rebelle de l'époque devenu l'armée du Sud-Soudan. « Mais cette intégration n'est pas terminée et les frictions continuent », souligne M. Hogendoorn. « Plusieurs unités montrent plus de loyauté envers leur chef qu'envers l'institution... Il y a donc un risque réel (lors de dissensions entre chefs) que ces unités redeviennent des milices indépendantes. » Après la guerre Nord-Sud, une vaste campagne de désarmement a été entamée au Sud-Soudan. Or certaines tribus ont été désarmées avant leurs rivales et ont reproché à l'armée de ne pas les avoir protégées lors d'attaques. À l'approche des élections d'avril, plusieurs analystes pronostiquent une montée des violences. « Il est très probable que les élections vont causer des troubles au Sud ; ce que nous ne savons pas encore, c'est jusqu'à quel point », conclut M. Hogendoorn.

 

Guillaume LAVALLEE (AFP)

Vol de bétail, concurrence pour l'accès aux ressources naturelles, vengeance tribale, lutte interne au sein de l'armée sudiste ou funeste dessein de Khartoum pour replonger le Sud dans la guerre civile : les causes de l'accès de violence au Sud-Soudan demeurent ambiguës. Depuis le début de l'année, chaque mois amène son lot de « violences tribales » au Sud-Soudan, région enclavée plus vaste que la France, gorgée de pétrole, où tout reste encore à faire quatre ans après la fin d'une guerre sanglante (1983-2005) avec le nord du pays. Quelque 700 morts par ci, 450 autres par là, les affrontements se suivent au Sud-Soudan cette année mais ne se ressemblent pas tous.« Par exemple dans...
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