Cette approche pourrait devenir une marque de fabrique de la présidence Obama, a relevé le directeur de l'IISS, John Chipman, en présentant le document à la presse. Il en veut pour preuve la convocation à plusieurs reprises du G20 (groupe des pays avancés et des grandes économies émergentes) pour juguler la crise économique ; la politique de la main tendue aux pays musulmans dans l'espoir de les associer davantage au règlement du conflit israélo-palestinien, voire de la crise autour du nucléaire iranien ; la multiplication des sommets sur le réchauffement de la planète, ou encore la décision inédite de Barack Obama de présider un sommet sur la non-prolifération nucléaire au Conseil de sécurité de l'ONU, fin septembre.
« Au plan national, (le président) Obama a fait campagne sur le thème "yes we can" ; mais sur la scène internationale il pourrait se trouver de plus en plus souvent amené à dire "no we can't" », sauf à persuader un nombre grandissant de pays « à partager ses idées et son fardeau », relève l'IISS. C'est à cette condition que « la politique étrangère américaine pourra, en ces temps difficiles, retarder sinon inverser la théorie du déclin que d'aucuns ont peut-être embrassée avec une trop grande précipitation », selon le centre de réflexion.
Le scénario optimiste pour Washington serait d'autant plus vraisemblable que les États-Unis sortent paradoxalement renforcés de la crise économique à laquelle ils ont amplement contribué, rapporte l'IISS. « Le système bancaire américain a beau avoir été paralysé et menacé de banqueroute, le krach a démontré les énormes ressources mobilisables par les États-Unis pour redresser la situation. À telle enseigne que la crise financière a accentué la domination américaine au lieu d'y mettre un terme », affirme le rapport. « Dans la plupart des grands dossiers internationaux, les États-Unis sont plus susceptibles que la Chine de créer des coalitions autour de leurs points de vue », n'en déplaise à ceux qui demeurent fascinés par la « théorie d'un G2 où les États-Unis et la Chine seraient les premiers codétenteurs du pouvoir financier », écrit encore l'IISS. L'institut reconnaît cependant que le « minilatéralisme » ne saurait prospérer sans entrave. Ainsi, les efforts pour relancer l'économie américaine pourraient amener Washington à un relatif désengagement sur deux continents. « Il est inéluctable que certaines régions recevront une attention plus rhétorique que pratique.
Ce pourrait être le cas de l'Amérique latine et de l'Afrique, où les États-Unis éviteront de trop s'engager sans raison particulièrement forte », relève-t-il. En raison de considérations économiques similaires, « le gel ou le déclin des budgets militaires » limite les capacités opérationnelles de puissances européennes, a souligné Chipman. L'IISS plaide d'ailleurs pour une réduction des forces alliées engagées en Afghanistan, l'objectif de chasser le réseau el-Qaëda étant selon l'institut largement atteint.

