L'insistance de l'accusée à vouloir que sa peine lui soit infligée en public et à ne pas souhaiter faire appel a déconcerté le gouvernement et les autorités religieuses, qui tentaient, pour la première fois, d'appliquer cette sentence contre une femme. Alors que la presse internationale s'était déjà emparée de l'affaire, elle a été rapidement relâchée. Son jugement doit faire l'objet d'un réexamen par un tribunal islamique.
« Nous sommes inquiets pour Kartika Sari, mais aussi parce que cette affaire aurait pu ternir l'image de la Malaisie au niveau de l'application juste et équitable de la charia », a déclaré Shahrizat Abdul Jalil, ministre des Femmes, de la Famille et du Développement communautaire. En dépit des atermoiements affichés avant la sentence qui devait être appliqué dans une prison près de Kuala Lumpur, les responsables politiques malaisiens rivalisent de « piété ».
La dynamique d'un islam politique, qui a causé l'émoi des minorités chinoise et indienne, s'est encore intensifiée depuis les élections législatives de mars 2008 et le sérieux revers subi par l'alliance du Barisan Nasional (Front national) au pouvoir. L'Organisation nationale pour l'unité malaise (UMNO), qui dirige cette coalition, est désormais menacée par le parti islamique panmalaisien (PAS), une résurgence du Pakatan Rakyat (opposition). « Il y a toute une activité qui consiste à se faire passer pour plus musulman que les autres », souligne Azmi Sharom, maître de conférences du département de droit de l'université Malaya. « On entend régulièrement depuis un an et demi, et les résultats des dernières élections législatives, que l'islam est en danger », explique-t-il, tout en précisant que les responsables politiques, trop occupés à afficher leur religiosité, ont échoué à endiguer l'autorité croissante des tribunaux islamiques par rapport aux tribunaux civils.
Alors que l'application de la loi a été relativement souple dans le passé, elle se durcit et le pouvoir des tribunaux islamiques tend à s'étendre. Selon Azmi Sharom, le gouvernement, désireux de préserver la réputation du pays en tant qu'État musulman progressif et modéré, a contourné le problème en incitant Kartika à faire appel. « J'ai le sentiment que le problème va s'aggraver parce que aucun des dirigeants n'aura le courage de dire : "Attendez, nous sommes une démocratie séculière. Nous devons mettre un terme à cette situation" », assène-t-il.
Harussani Zakaria, mufti de l'État de Perak (Nord), plaide, lui, pour la mise en œuvre rapide du jugement de Kartika. « Lorsque nous l'appliquons (la charia), le gouvernement interrompt le processus », déplore-t-il cependant. Pour Zaid Ibrahim, ancien ministre en charge des Affaires juridiques, qui a rejoint l'opposition, des problèmes pourraient naître en cas de conflit entre la charia et la Constitution. « Mais quels responsables, tous partis confondus, oseront alors y toucher ? » s'interroge-t-il.


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