Quelques heures plus tard, l'ancien détenu gravissait les marches le menant à bord d'un avion spécialement affrété par la Libye, lentement et avec une canne, mais sans l'aide de quiconque. Selon le corps médical, Megrahi, 57 ans, n'a pas plus de trois mois à vivre. Megrahi avait été condamné en 2001 à la prison à vie avec une peine de sûreté de 27 ans par des juges écossais à l'issue d'un procès qui s'était tenu aux Pays-Bas, en terrain neutre. La sentence avait été confirmée en appel en 2002. Le Boeing 747 de la compagnie américaine PanAm avait explosé, le 21 décembre 1988, au-dessus de Lockerbie. 270 personnes avaient péri, en majorité américaines.
« Je suis évidemment très soulagé de quitter enfin ma cellule », a déclaré Megrahi dans un communiqué lu par son avocat. Mais le Libyen a continué à plaider son innocence, qualifiant sa condamnation de « rien de moins qu'une honte ».
La décision a suscité de vives critiques à Washington. Le président américain Barack Obama a ainsi souhaité que la Libye assigne à résidence Megrahi et qu'il ne soit pas accueilli en héros. « Nous voulons être sûrs (...) que (Abdelbaset Ali Mohammad al-Megrahi) n'est pas accueilli chaleureusement, mais au lieu de cela qu'il sera assigné à résidence », a déclaré Barack Obama, tandis que des familles américaines de victimes ont de leur côté laissé éclater leur colère.
« C'est un scandale, et les États-Unis auraient pu faire usage de davantage de pression », a déclaré sur CNN Susan Cohen, dont la fille de 20 ans avait été tuée dans l'attentat. En revanche, de l'autre côté de l'Atlantique, des familles britanniques ont salué la libération du Libyen, qu'elles estiment souvent avoir été victime d'une erreur judiciaire.
La remise en liberté de Megrahi marque une nouvelle étape dans le réchauffement des relations entre la Libye et l'Occident, qui s'est accéléré après le renoncement de Tripoli aux armes de destruction massive en 2003 et le versement de compensations aux familles des victimes de l'attentat. Les experts rappellent que la Libye détient les plus grandes réserves de pétrole prouvées d'Afrique et que d'importants contrats d'exploration ont été signés avec des compagnies britanniques, dont BP et Shell.


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