« Pourquoi avons-nous aussi peu d'informations ? Ce n'est pas possible qu'il y ait seulement 12 morts ! » La colère montait hier parmi les familles de disparus. « Nous ne voulons pas de secrets. Si mon fils est mort, qu'on me le dise. J'étais à la morgue hier soir et on n'a rien voulu me dire », proteste Viktor, un proche d'un disparu, au cours d'une réunion houleuse avec des représentants des autorités locales au centre culturel de Tcheriomouchki, dans la région de Khakassie.
Alors que les autorités, sous pression, tentent de montrer qu'elles contrôlent la situation, le ministre des Situations d'urgence, Sergueï Choïgou, s'est défendu de faire de la rétention d'informations. Lundi, « il y a eu un flot constant d'informations semant la panique et nous ne sommes parvenus à apaiser la situation que dans la deuxième moitié de la journée lorsque nous avons expliqué ce qui se passait », a-t-il déclaré. « Les mauvaises nouvelles se répandent vite et les bonnes lentement. Nous ne cachons rien à personne », a-t-il assuré.
Au même moment, des équipes de plongeurs et des robots poursuivaient leurs recherches dans les eaux très froides de la centrale de Saïano Chouchenskaïa, à environ 4 300 kilomètres à l'est de Moscou, en une dernière tentative de retrouver des ouvriers ayant survécu à la catastrophe. « Nous recherchons des personnes vivantes. Nous écoutons les bruits. Nous n'avons pas une minute de répit », a déclaré Alexandre Kressan, chef de l'antenne locale de recherches au sein du ministère des Situations d'urgence. « Nous comprenons que des personnes pourraient se trouver à d'autres endroits (que ceux où les recherches ont lieu), nous allons partout, étape par étape. Nous avons apporté des robots et des équipements spéciaux », a ajouté M. Kressan.
Mais ces explications ne suffisent pas à apaiser la colère des familles des employés portés disparus. « Montrez-nous les robots, après on vous croira ! » hurle une femme en pleurs au premier rang de la salle où se déroule la réunion. La femme d'un ouvrier s'emporte elle aussi. « Je sais que mon mari est toujours vivant. Il y a une poche d'air à l'endroit où il pourrait se trouver. Pourquoi n'avez-vous pas évacué l'eau là-bas ? » lance Lena Petrovna. La colère était également perceptible lors de l'enterrement de quatre victimes, dans un cimetière à Mayno, ville proche du lieu de l'accident.
« Il va falloir réserver toute une partie du cimetière pour les morts. Je ne pense pas qu'il y ait encore des survivants », lance avec amertume Tatiana Nikitinskaïa, une salariée de la centrale venue assister aux funérailles. L'un des hommes enterrés, Roma Chtchin, travaillait lundi alors que ce n'était pas prévu : « Sa femme devait accoucher lundi, mais sa fille est née seulement mardi », observe Mme Nikitinskaïa.
Vladislav Cheschkov, dont le fils a survécu à la tragédie, critique les autorités : « Ils ont essayé de bien présenter les choses, mais je crois que beaucoup plus de personnes ont été tuées. C'est comme ça dans notre pays. »
Les accidents dans le secteur énergétique de l'ancienne Union soviétique sont fréquents. Mais l'ampleur et le nombre de victimes potentielles de cette catastrophe ont un caractère exceptionnel. L'accident a initialement été mis sur le compte d'une brusque élévation de la pression de l'eau dans l'une des dix turbines de la centrale, qui aurait provoqué un « choc hydraulique » et détruit une grande partie du bâtiment, mais d'autres pistes sont aussi à l'étude. La thèse d'un attentat terroriste a été écartée. La reconstruction de la centrale pourrait coûter plus de 40 milliards de roubles (887 millions d'euros), a estimé hier le ministre de l'Énergie, Sergueï Chmatko, cité par l'agence Interfax.


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