M. Assad, dont le pays est le plus important allié de l'Iran au Proche-Orient, a estimé que les relations entre les deux pays et leurs politiques au Moyen-Orient devaient être maintenues durant le deuxième mandat de quatre ans de M. Ahmadinejad. « L'Iran et la Syrie doivent poursuivre leur politique dans la région », a dit IRNA, citant le président Assad. Selon lui, les rencontres entre Syriens et Iraniens sont « nécessaires car elles envoient un message aux pays lointains, et à ceux dans la région qui ont une faible mémoire et oublient les leçons qu'ils ont apprises ». M. Assad, dont la dernière visite en Iran remonte à août 2008, a aussi rencontré le guide suprême iranien l'ayatollah Ali Khamenei, selon les médias d'État.
« L'unité entre l'Iran et la Syrie est l'incarnation de la résistance dans la région », a affirmé le guide suprême, appelant à un « renforcement du front de la résistance au Proche-Orient ». L'ayatollah Khamenei a en outre salué le rapprochement entre la Syrie et l'Irak, estimant que « l'unité entre l'Iran, l'Irak, la Turquie et la Syrie sera bénéfique pour toute la région ».
« Lors de son entretien avec le président iranien, le président syrien a condamné l'ingérence étrangère dans les affaires iraniennes », a indiqué l'agence de presse IRNA, sans préciser si le cas de Clotilde Reiss, française de 24 ans accusée d'espionnage par Téhéran, avait été évoqué durant l'entretien.
Le dossier Clotilde Reiss évoqué ?
La jeune femme, lectrice de français à l'université d'Ispahan, a été libérée sous caution dimanche après un mois et demi passés dans la prison d'Evine. Elle est désormais hébergée à l'ambassade de France à Téhéran, en attendant le jugement de la justice iranienne. Après sa libération, la présidence française avait rendu, lundi, un hommage appuyé à Damas en soulignant que Nicolas Sarkozy remerciait « les pays de l'Union européenne et d'autres pays amis, comme la Syrie » pour leur aide dans la libération sous caution de Clotilde Reiss.
L'intervention syrienne sur ce dossier s'inscrit dans le cadre d'un rapprochement entre la France et la Syrie qui avait initié le 14 juillet 2008 quand Nicolas Sarkozy avait reçu Bachar el-Assad avec les honneurs à Paris. Depuis cette date, la France ainsi que les États-Unis ont multiplié les ouvertures envers la Syrie avec la conviction que Damas pouvait apporter une contribution importante à la recherche de solutions en Irak, au Liban et dans le conflit israélo-palestinien.
« La Syrie est sortie de son isolement politique, nous assistons en ce moment à une sorte de feuille de route pour une amélioration des relations de ce pays avec les Occidentaux », estime l'analyste Riad Qahwaji, basé à Dubaï et interrogé par l'AFP.
Avec l'arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche, les visites à Damas de responsables américains se sont multipliées. « Le style Obama est différent, mais les demandes américaines sont les mêmes », note M. Qahwaji, directeur de l'Institut du Proche-Orient et du Golfe pour les analyses militaires (Inegma). Selon lui, l'Irak est en « tête des priorités » pour Washington. L'administration américaine veut empêcher l'entrée des « terroristes » en Irak via la frontière syrienne. Elle pense que d'anciens membres du parti Baas de Saddam Hussein, réfugiés en Syrie, financent des combattants en Irak. Ces questions ont été soulevées par une délégation militaire américaine qui s'est rendue à deux reprises à Damas depuis juin.
Le président Obama s'est dit en juillet « préoccupé » par le comportement de la Syrie, tout en espérant que les contacts diplomatiques esquissés récemment entre les deux pays continueraient de progresser. « Il y a des aspects dans le comportement des Syriens qui nous préoccupent et, vous savez, nous pensons qu'il y a moyen que la Syrie joue un rôle beaucoup plus constructif », a indiqué M. Obama. Très récemment, Washington a desserré l'étau des sanctions économiques imposées en 2004, en ce qui concerne les exportations de technologies de l'information et de composants pour l'aviation civile, à la demande de Damas, sans toutefois les lever. Autre signe d'un réchauffement : Washington a annoncé le 24 juin l'envoi d'un nouvel ambassadeur en Syrie après quatre ans d'absence. L'isolement dans lequel l'ancien président américain George W. Bush, soutenu par les pays occidentaux, avait confiné la Syrie depuis 2004 est « terminé », assure M. Qahwaji.
Damas, de son côté, multiplie les gestes de bonne volonté, dans l'espoir d'une réhabilitation complète avec notamment la levée des sanctions américaines. « La Syrie espère obtenir beaucoup de choses des États-Unis », estime M. Qahwaji. Pour Damas, la récupération du plateau du Golan, occupé depuis 1967 par Israël, est une priorité, indique pour sa part Élias Mourad, président de l'Union des journalistes syriens et ancien rédacteur en chef du journal al-Baas. Les dirigeants syriens appellent régulièrement les États-Unis à parrainer la paix.
« L'expérience montre que la Syrie a un rôle-clé dont tout le monde a besoin », estime M. Mourad ajoutant que les rapports avec l'Iran, que l'Occident veut éloigner de la Syrie, « servent la paix dans la région ». L'intervention de la Syrie dans l'affaire Reiss « témoigne de son influence régionale », note, à ce sujet, M. Mourad.


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