« MBC, al-Arabiya, ART et les chaînes Rotana sont toutes des haches qui détruisent l'islam et les musulmans », a estimé sur la chaîne religieuse al-Dalil Cheikh Youssef al-Ahmad, un éminent dignitaire religieux. L'avocat d'Abdoul Jawad, Souleiman al-Jimaie, s'est lui élevé contre la LBCI. « Le problème, ce sont les chaînes qui s'adressent à la jeunesse. Grâce à la fermeture des bureaux de la LBCI, les gens sauront que cette chaîne a diffusé des choses mauvaises », a-t-il dit mardi à l'AFP.
Mais pour l'éditorialiste Tourki al-Dakheel, fermer les bureaux de la LBCI - qui n'empêchera pas les Saoudiens de regarder les programmes de la chaîne - est une décision disproportionnée et porteuse de menaces pour l'ensemble des médias. « Les gens ont clairement fait part de leur sentiment à l'égard de ce programme. Alors pourquoi fermer les bureaux d'une chaîne, interdire la parution d'un journal ou la distribution d'un livre ? » a-t-il déclaré dans al-Watan.
Les cinémas sont interdits en Arabie, royaume où la scène théâtrale et musicale est étroitement contrôlée. Dans ce contexte, les télévisions satellitaires apparaissent comme la forme de distraction la plus prisée. Elles diffusent des programmes fabriqués dans des pays aux mœurs plus libérales, comme le Liban, l'Égypte ou Dubaï, par des groupes souvent contrôlés par des hommes d'affaires saoudiens qui savent l'appétit de leurs concitoyens.
« L'Arabie est un de nos premiers marchés », confiait récemment à l'AFP Mazen Hayek, directeur commercial de MBC, réseau basé à Dubaï mais à capitaux saoudiens. À l'écouter, 98 % des ménages saoudiens ont une parabole, et ils passent en moyenne 4 heures et demie par jour devant leur télévision. Or, cette moyenne peut augmenter de deux heures pendant le ramadan qui, cette année, commencera autour du 20 août. D'où les craintes que la récente offensive verbale ait en fait pour but d'obliger les chaînes satellitaires à rentrer dans le rang. « Les téléspectateurs doivent pouvoir choisir leurs programmes », estime M. Hayek.
Pour certains conservateurs saoudiens, ce scandale est une nouvelle occasion d'attaquer le prince al-Walid ben Talal, milliardaire saoudien propriétaire de la LBCI, et son groupe multimédia Rotana qui défie ouvertement la censure saoudienne.
Paul HANDLEY (AFP)


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