Dans le village de Kayan, perdu dans les montagnes du centre de l'Afghanistan, des hommes en turbans et des femmes en vêtements brillants, tous membres de la secte chiite ismaïli, campent à l'ombre de mûriers, espérant apercevoir leur leader spirituel, sayed Mansour Naderi. L'effervescence gagne la foule lorsque le moustachu à la chevelure grise, tout de noir vêtu, fait son apparition. « S'il leur demandait de se suicider, ils le feraient. S'il me demandait de me suicider, je le ferais car il est notre leader spirituel », déclare Gulam Sakhi, un enseignant quadragénaire. « Comme sayed Mansour Naderi est notre leader et qu'il a choisi Karzaï, nous voterons pour Karzaï. S'il nous demandait de voter pour Ashraf Ghani, nous voterions pour Ghani », l'un des principaux rivaux du président, assure Abdul Shafiq, 32 ans. Pareille ferveur se révèle fort utile en période électorale.
Le président sortant a été critiqué parce qu'il n'a pas réellement fait campagne, mais dans un pays fait d'alliances tribales et empreint de fortes divisions ethniques, des accords astucieux avec des personnalités influentes peuvent lui apporter la victoire. La secte de l'Aga Khan jure fédérer un million d'ismaïlis dans le pays, chiffre impossible à vérifier. Mais son soutien implique néanmoins un nombre conséquent de voix en faveur de M. Karzaï.
C'est à Kayan que ce dernier a tenu son premier meeting hors de Kaboul, fin juillet. « Le pouvoir aujourd'hui se gagne avec le peuple. Si Karzaï veut des voix, il doit se tourner vers Aga Sahib (...). Aga Sahib ordonnera à sa tribu de voter pour Karzaï », a déclaré le président devant une foule attentive, utilisant une expression montrant son respect pour désigner M. Naderi.
Il ne s'agit pas de la première alliance du sortant avec des hommes forts locaux, chefs de guerre ou chefs de tribu qui détermineront les votes de millions d'Afghans. Fin mai, le président s'était assuré le soutien du chef de guerre Abdul Rashid Dostam, leader de la minorité ouzbèke, et de Mohammad Mohaqiq, son homologue hazara.
M. Karzaï est un Pachtoun, ethnie majoritaire dans le pays, mais son choix comme futur vice-président du controversé chef de guerre Mohammad Qasim Fahim va aussi lui apporter des voix au sein de l'importante communauté tadjike. « Il sait qu'au final, ce qui comptera, ce ne seront pas les votes d'individus. Les Afghans feront ce que leur diront leurs leaders », explique Haroun Mir, expert du Centre afghan de recherches et d'études politiques.
Ces alliances ont été critiquées par les organisations de défense des droits de l'homme et les Nations unies, car de nombreux chefs de guerre ont du sang sur les mains. Ses opposants assurent que Karzaï a acheté ces hommes d'influence par des promesses de postes gouvernementaux ou d'autres compensations. Sayed Mansour Naderi affirme n'avoir choisi Karzaï qu'après de nombreuses consultations et parce que le président défend les minorités.


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