Lors d'un discours prononcé ce week-end devant le Parlement, Raul Castro, 78 ans, a martelé qu'il n'avait pas été désigné à la présidence « pour restaurer le capitalisme à Cuba » et que la solution aux graves difficultés économiques du pays était au contraire de « renforcer » les institutions et le Parti communiste. « J'ai été élu pour défendre, maintenir et perfectionner le socialisme, non pour le détruire. C'est quelque chose qui doit être très clair », a-t-il ajouté à l'adresse des États-Unis et de l'Union européenne qui « réclament, selon lui, des gestes unilatéraux pour démonter le système politique et social de Cuba ». Il a réitéré sa disposition à ouvrir un « dialogue entre égaux » avec Washington et à aborder tous les sujets, sauf le système politique cubain.
L'administration américaine exige la libération de prisonniers politiques - au nombre de 200 selon la dissidence - et des réformes démocratiques sur l'île, dirigée par un parti unique et les frères Castro depuis un demi-siècle, pour lever le « plus vieil embargo du monde » et normaliser ses relations avec Cuba. Quant à l'Union européenne, elle a levé en juin 2008 des sanctions - prises en 2003 après une vague d'arrestations de dissidents - pour encourager Raul Castro à faire des progrès en matière de démocratie. Jugé plus pragmatique que son frère, le général Raul Castro a pris il y a trois ans la relève de Fidel, malade mais toujours très influent à bientôt 83 ans. Une arrivée qui avait alors suscité à l'étranger, mais aussi à Cuba, des espoirs quant à un assouplissement du régime cubain.
Raul Castro a reconnu une « diminution de l'agressivité et de la rhétorique anticubaines de la part de l'administration américaine » de Barack Obama, qui a permis le mois dernier une reprise des discussions - suspendues depuis cinq ans - sur les flux migratoires, mais affirmé que dans « les faits » rien n'avait changé. Il a cité à titre d'exemples l'embargo qui reste « intact », les restrictions sur les voyages et envois de fonds des Cubains-Américains qui, selon lui, existent toujours malgré l'annonce de leur levée par M. Obama en avril, et le maintien de Cuba sur la « liste noire » des pays soutenant le terrorisme. Raul Castro a de nouveau réclamé la « restitution sans conditions » du territoire de la base navale de Guantanamo, seul endroit sur l'île où, depuis la révolution de 1959, « la torture a été appliquée », selon lui. Il a toutefois reconnu les « imperfections du socialisme » cubain, « où parfois deux plus deux font trois », et souligné qu'il continuerait « à restructurer l'appareil d'État », très bureaucratisé, pour le rendre plus fonctionnel. Il a souligné que le prochain congrès du PC, repoussé sine die, devait aborder la question de la relève de la direction vieillissante du parti. Il a de nouveau prévenu que l'État allait mettre fin aux « allocations excessives », « les dépenses dans la sphère sociale devant être conformes avec nos possibilités réelles », a-t-il dit, alors que l'État cubain est à court de devises et a dû rééchelonner ses dettes auprès de ses créanciers étrangers.
L'effondrement sur les marchés mondiaux des prix du nickel, principal produit d'exportation cubain, la baisse des recettes liées au tourisme et le passage de trois ouragans ayant causé l'an dernier pour 10 milliards de dollars de pertes, soit 20 % du PIB, sont notamment responsables de la crise à Cuba.
Sylvie BRIAND (AFP)


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