C'est ce qu'a déclaré Maroun Chammas, président du Rassemblement des compagnies importatrices de pétrole (APIC), dans un entretien accordé à L'Orient-Le Jour. Il a estimé qu'un prix « raisonnable » du bidon d'essence devrait être inclus dans l'intervalle allant de 22 000 à 25 000 livres, dans la mesure où l'État devrait se contenter d'une taxe de 6 000 livres sur les vingt litres, en plus de la TVA. « Ce prix serait raisonnable. Il permettrait au Trésor d'engranger des recettes acceptables, tout en imposant au consommateur une charge que l'on pourrait qualifier de logique », a martelé M. Chammas, qui ne voit pas le baril de pétrole à court terme, soit d'ici à la fin de l'année, à plus de 80 dollars.
En revanche, le président de l'APIC a insisté sur l'urgence d'un remaniement des composantes de l'échelle des prix et notamment des postes concernant les coûts de transport maritime, les primes d'assurance et les prémiums, lesquels ont accusé, selon lui, des hausses sensibles depuis quelques années. Il a tenu à noter que la marge des importateurs de pétrole sur le bidon d'essence « n'est que de mille livres », ajoutant que ces compagnies comptent sur le volume de leurs affaires pour enregistrer des gains et rappelant que les ristournes des stations-service s'élèvent à 1 600 livres.
Répondant aux parties qui accusent les compagnies pétrolières de « former un cartel », Maroun Chammas a plaidé non coupable. « Comment peut-on former un cartel alors que l'État fixe les prix et que seul le marché de l'importation est libre ? s'est-il interrogé. Cela signifie simplement que quiconque désire importer de l'essence et du diesel peut le faire. Par contre, l'importation de gasoil est monopolisée par le gouvernement. »
Forte demande
Par ailleurs, Maroun Chammas a expliqué que l'importance du secteur pétrolier trouve son origine dans la forte demande mondiale et locale. Selon ses chiffres, la demande annuelle mondiale sur les dérivés pétroliers totaliserait d'ici à fin 2009 84 millions de barils par jour. Ce chiffre devra s'accroître pour atteindre 88 millions de barils par jour en 2013. À cette période, les investissements dans les infrastructures pétrolières représenteraient près de 11 milliards de dollars. Pour ce qui est des quinze sociétés membres d'APIC au Liban, leurs investissements excéderaient un milliard de dollars dans l'acquisition de dépôts sans compter les stations-service qu'ils exploitent ou qui leur appartiennent.
Quant au montant de la facture pétrolière au Liban, elle s'élèverait, selon Maroun Chammas, à environ un milliard et demi de dollars pour l'essence et le mazout et l'État y gagnerait près d'un milliard de dollars en termes de taxes et d'impôts.
« De toute façon, quel que soit le cas de figure, le secteur pétrolier est important dans la mesure où il emploie près de 25 000 salariés, APIC, à lui seul, employant près de 3 000, soit d'une manière générale 7 % des employés inscrits à la CNSS », a souligné le président d'APIC.
Les raffineries
Abordant le sujet des deux raffineries de pétrole libanaises, Maroun Chammas a déclaré qu'il n'y aurait pour le moment aucune utilité financière de les remettre en fonction, d'autant que leur capacité de raffinement n'excède pas les 40 000 barils par jour. Pour que leur fonctionnement soit rentable, elles devraient avoir une capacité d'environ un million de barils.
En plus, leur réhabilitation nécessiterait des investissements d'un milliard de dollars. « L'investissement dans ce secteur a besoin d'une stabilité politique et sécuritaire. C'est que le rendement sur investissement dans ce genre d'affaires nécessite plus de vingt ans », a expliqué Maroun Chammas.
Le président d'APIC a en outre réaffirmé la disposition du Rassemblement à coopérer de près avec les autorités étatiques pour mettre au point une politique pétrolière qui assurerait la stabilité du secteur et protégerait le consommateur et l'investisseur. Il a enfin rappelé non sans amertume que le poste de directeur général du ministère de l'Énergie et de l'Eau est vacant depuis dix ans.


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