Chercher refuge n'est pas fuir les réalités. C'est simplement tourner le dos pendant quelques moments au douloureux spectacle des errements de l'homme parce que les adversités politiques épuisent en force d'âme pour en fin de compte atteindre la paix intérieure et, partant, la sagesse. Bien peu d'entre nous s'attellent à cette tâche. Sans répit, nous sommes en proie à des diversions sur tous les niveaux.
Dans notre tourmente d'ordre politique, militaire ou social, nous courons à la surface de la vie, pour ne trouver que soucis et supplices sans espoir au lieu d'une sérénité durable. Ce repos tant désiré, nous ne pouvons l'acquérir qu'à la condition de laisser de côté nos affaires temporelles et de nous astreindre à quelque temps de solitude et de méditation.
Mais comment ce processus de recueillement peut-il recharger les batteries épuisées ? Chacun de nous possède en soi une source secrète d'énergie trop souvent ignorée, trop rarement captée. Il est vrai qu'il faut sonder profondément pour la découvrir, mais dès qu'on l'a trouvée on est préservé par elle contre l'adversité. Et nous avons la conviction que toute âme résolue en quête d'un renouveau de foi et de courage est à même, pour peu qu'elle le veuille, de trouver en elle-même ce réconfort.
On peut éprouver cette paix dans la quiète pénombre d'une église. Ce n'est pas une question de dogme, ni de théologie. Indépendamment de la lumière des cierges, des accords de l'orgue et du flamboiement des vitraux (encore que bien des gens considèrent ces facteurs comme très favorables à la contemplation), dans toute église il y a un Tabernacle, une Présence, et c'est à cette source que l'âme se désaltère, comme à quelque inépuisable fontaine spirituelle. Même sans église, si l'on entre dans le tréfonds de notre conscience, avec vénération et ferveur, nous ressentirons la présence de l'Esprit-Saint.
La musique, à défaut de l'église, est aussi un refuge merveilleux. Elle exalte et fortifie ce qu'il y a de meilleur en nous, elle dissipe la rancœur et apaise les conflits intérieurs et extérieurs. On dit que la musique élève l'âme et qu'elle adoucit les mœurs. Un album de Mozart - et de Brahms surtout - peut susciter en nous un sentiment dont on sort toujours infailliblement transfiguré par ce contact avec l'immuable paix qui se dégage des grandes harmonies. N'oublions pas que tous ces morceaux de musique étaient destinés, dans le temps, à être joués durant la sainte messe.
Lorsque nous sentons le besoin d'un refuge, si nous n'en avons pas, nous pouvons en créer un. En nous isolant simplement dans une pièce de la maison en fermant les volets ou en tirant nos vénitiennes pour y passer quelques minutes en prière. C'est encore le meilleur refuge que l'homme ait jamais pu trouver, car c'est là qu'on prie Dieu le plus en esprit et en vérité. Après cela, nous pouvons revenir dans ce monde d'affliction et de tourments, moins affligés et moins tourmentés qu'auparavant.

