Le secrétaire américain au Commerce, Gary Locke, a fait savoir au cours d'un point presse que les États-Unis jugeaient tout simplement irréalisable le projet d'adhésion à trois dévoilé à la surprise générale par le Premier ministre Vladimir Poutine en juin. « Pour la plupart des membres de l'OMC (cette proposition) ne peut tout simplement pas fonctionner, elle est sans précédent et ne ferait que retarder les choses », a-t-il déclaré. « Le fait est que les États-Unis et la Russie étaient sur le point de trouver un accord sur l'adhésion à l'OMC », a ajouté M. Locke. « Pour nous (le revirement russe) était un peu une surprise », a-t-il admis.
La Russie, plus grande économie mondiale à ne pas être membre de l'OMC, semblait piétiner depuis plusieurs années dans ses négociations avec les pays membres. Jusqu'à l'annonce inopinée, le 9 juin dernier, par les dirigeants russe, bélarusse et kazakh que les trois capitales entendaient achever l'union douanière russo-kazakho-bélarusse actuellement en chantier et adhérer ensuite ensemble à l'OMC.
À l'époque, les analystes avaient interprété cette volte-face russe comme l'expression de l'écœurement des autorités face à une attente perçue comme injustifiée. Le ministre américain, qui a eu cette semaine des entretiens avec ses homologues russes, a pour sa part révélé que cette approche à trois lui avait été décrite comme une « voie parallèle » et que les trois ex-républiques soviétiques poursuivraient indépendamment leurs négociations d'adhésion à l'OMC, tout en se consultant. Mais la ministre du Développement économique Elvira Nabioullina a fait savoir hier que Moscou ne déviait pas de sa position. « La décision est prise, et nous allons synchroniser nos actions avec le Kazakhstan et le Bélarus, car notre union douanière va vraiment être lancée le 1er janvier 2010 », a-t-elle dit, citée par l'agence RIA-Novosti. Les autorités des trois pays concernés s'efforcent actuellement d'harmoniser leurs positions, a-t-elle dit : « Il y a plusieurs cas de figure possibles, car l'une de nos tâches est aussi de tenter de conserver l'essentiel des accords déjà conclus par la Russie dans le cadre des négociations d'adhésion à l'OMC », a-t-elle dit. « Mais notre position est unanime : nous allons former une union douanière et nous ne manquerons pas de mener les négociations d'entrée dans l'OMC pour les trois pays », a-t-elle dit. Les Américains ne sont pas les seuls à déplorer la position russe. Quelques jours plus tôt, un haut responsable européen avait exprimé un point de vue similaire à celui de M. Locke. « La Russie était très proche d'une entrée dans l'OMC, nous nous attendions à ce qu'elle en devienne membre (...) d'ici à la fin de l'année, alors que le Kazakhstan est au stade de la conclusion d'un accord bilatéral », a souligné le chef de la représentation de la Commission européenne en Russie, Marc Franco. Quant au Belarus, il a « à peine commencé les négociations », a-t-il souligné.
Du point de vue de Bruxelles, ce revirement complique aussi les efforts de relance des négociations sur un partenariat UE-Russie. « Le nouveau schéma change complètement le tableau », avait-il souligné.


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