Le jour a presque disparu ce mardi. Leussa, son mari, ses grands-parents et ses nombreux enfants, dont le plus petit a 4 ans, sont déjà au bas du village d'environ 7 000 habitants, perché à plus de 1 000 m d'altitude dans la Province du Nord-Kivu (Est). « Nous descendons dans la vallée et nous allons dormir dans la forêt. Il faut une demi-heure pour y aller. Tout le monde fait ça », raconte la jeune femme de 22 ans, enroulée dans une longue étoffe. Dans le village, il n'y a déjà plus aucun bruit, aucune lumière, toutes les portes des habitations sont closes. Sa traversée devient tout à coup pesante et inquiétante.
Le 2 juillet, Mbingi a été attaqué par des dizaines de miliciens Maï Maï et de rebelles hutus rwandais des Forces démocratique de libération du Rwanda (FDLR). Ils ont pillé tous les commerces de la rue centrale et quelques maisons. Ce jour-là, des soldats des Forces armées de la RDC (FARDC) postés au sommet d'une petite colline voisine étaient trop peu nombreux pour s'interposer. Le reste de leur unité était en opération contre les FDLR et leurs alliés miliciens dans une localité à quelques kilomètres de là.
Depuis cette attaque, le village se vide chaque soir et les habitants fuient dans la forêt, d'où ils ne sortent qu'au petit matin.
Déjà le 11 mai en pleine nuit, des FDLR et Maï Maï avaient pillé Mbingi après avoir attaqué et fait fuir les militaires. « Nous avons peur de tous, miliciens, rebelles, soldats », explique Leussa, avant de disparaître dans la nuit froide avec sa famille d'une dizaine de personnes.
Certains habitants voulaient rester dormir chez eux ces derniers soirs. Mais depuis lundi, des soldats sont arrivés plus nombreux sur la colline, devenue poste avancé d'une opération d'envergure en préparation contre des fiefs rebelles dans des villages voisins. Et la population a de nouveau peur. « Nous ne savons plus ce qu'il faut faire. Comme il n'y a plus rien à piller, ils vont incendier le village quand ils reviendront », s'inquiète Charles Waly, directeur de l'école catholique.
Les patrouilles des Casques bleus de la Mission de l'ONU en RDC (Monuc) ne passent pas souvent par Mbingi. Le village est trop loin des grands axes et trop proche des positions rebelles, repliées par petits groupes dans la forêt dense. La base de l'ONU la plus proche, à Kirumba, est à plus de deux heures en véhicule par une piste étroite, quand la route est sèche et praticable. « La dernière fois que la Monuc est venue, c'était il y a trois semaines. Ce ne sont que des observateurs », regrette M. Waly. Lui et trois prêtres sont les seuls à dormir encore au village, dans l'enceinte de la paroisse. Eux aussi ont peur et se sentent « délaissés », comme les habitants.
Albert KAMBALE (AFP)


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