Ces héros-là n'avaient pas de vie en dehors du cadre (de la télé ou du grand écran). On ne savait pas grand-chose d'eux. Combien de fois déjeunaient-ils en famille ? Où passaient-ils leurs vacances ? Chez quel coiffeur allaient-ils ou encore quel est leur plat préféré ? Ils étaient entourés de secrets. C'est ce qui faisait probablement d'eux des héros. Personne ne savait que Rock Hudson, le séduisant compagnon à l'écran de Doris Day, celui qui savait tellement bien faire le Pillow Talk, n'avait en fait de penchants sexuels que pour les mâles, jusqu'à ce qu'il l'annonce lui-même, live. Charlton Heston semblait, lui, incarner toutes les valeurs humaines lorsqu'en Moïse, il défia la nature de son bâton. Plus tard, il troqua ce bâton contre une carabine et militait pour le port d'armes à feu. Contradictoire, non ? La divine Greta Garbo s'est retirée de la vie publique pour laisser derrière elle le souvenir d'une femme jeune et belle qui n'aura jamais vieilli, tandis que personne ne saura exactement si Marlène Dietrich aimait les hommes ou les femmes, alors que le grand Hitchcock dissimulait bien ses phobies, ses angoisses et même ses manies. Dans le passé, on chuchotait, on murmurait. On ne clamait pas fort. Ce n'est qu'après la mort de ces héros que certaines rumeurs se précisaient.
Quand exactement ces héros sont-ils devenus des personnes comme les autres ? Souffrant d'acnés, de migraines ou encore ayant les seins ou les cheveux qui tombent et la peau qui devient flasque et molle ? Depuis la création de magazines qui se nourrissent de ragots, qui s'alimentent de rumeurs pour cracher à la figure des mensonges ou des photomontages ? En effet, depuis la prolifération de ces « feuilles » remplies de souillures, les héros se sont endormis à jamais pour ne donner naissance qu'à des « pipole ». Des fantômes rachitiques de héros qui « marchent dans la lumière sans jamais regarder derrière et brillent de la tête aux pieds sur des pages de papier glacé », dixit Marianne James.
« People », qui signifie simplement et vulgairement « gens », est un terme qui, peut-être, traduit une certaine promotion sociale, mais qui illustre malheureusement un grand nombre d'anges déchus qui se sont soudain volatilisés de notre mémoire.

