Excusez-moi d'avance de prendre quelque peu de votre temps. Je vous imagine surbooké, en pleine écriture ou révisant vos sketches, côtoyant chouchou ou ce cher grand-père, dégustant des yeux le menu au McDo ou pratiquant vos mouvements de ski. Quoi que vous fassiez, je m'excuse encore de vous sortir de votre vie de théâtre un instant pour vous transporter dans notre vie de cirque un moment.
J'imagine que vous dire que je suis libanais va provoquer chez vous un mélange de sentiments mitigés. En 2006 déjà, vous décidiez de vous produire sur une scène libanaise pour faire rire nos foules. En l'espace de quelques heures, les tickets étaient tous vendus, les chambres dans les hôtels avoisinant l'espace où vous nous « pisseriez de rire » furent louées. Bref, un raz-de-marée elmalehien frappa le pays et les privilégiés qui eurent la chance de se voir en train de vous applaudir à tout va comptaient les jours. Et puis, en quelques heures, le rêve s'effondra, les spotlights s'éteignirent et les obus pleurèrent sur le pays. Naturellement et tout bonnement, vous avez décidé de ne pas poser le pied sur ce qui semblait être un terrain de mines.
Les Libanais rallumèrent leurs lecteurs DVD et repassèrent en boucles vos spectacles.
Papa est en haut fit un malheur. On se retrouva tous dans vos sorties d'école et on entonne encore vos chansons. Bien sûr, quelque part, enfoui sous des cœurs assombris par les événements continuellement mornes et la situation éternellement terne, l'espoir que vous décidiez un jour de venir au Liban malgré une décevante première tentative résidait.
Les années passèrent et, comme la nouvelle pour des nouveaux mariés d'un enfant qui vient au monde, celle de votre spectacle les 13, 14 et 15 juillet à Beiteddine eut un effet explosif (le terme est peut-être un petit peu mal placé vu les circonstances dans lesquelles baigne ce pays...).
Cette partie de la lettre aura des allures de déjà-vu alors comme Coco, les p'tits rabbins et les jets privés je ferai court : quelques heures, plus tickets, chambres d'hôtel louées, raz-de-marrée elmalehien.
Extase nirvanique, attente tuante...
Et il m'attriste de dire qu'à nouveau, c'était trop beau pour être vrai.
Apparemment, le fait que vous ayez (ou pas) servi dans l'armée israélienne, qu'on vous ait (on non) pris en photo en habit certaine opposition, celle-là même qui avait pris part à la guerre de 2006 et vous avait une première fois empêché de vous produire au Liban, seront cette fois les raisons de notre tristesse.
Et de notre rage.
Je suis pour ma part indigné d'être libanais d'un Liban qui ne peut assurer la protection d'un humoriste de renommée internationale, qui ne sait imposer sa poigne et qui ne cesse de caresser dans le sens du poil ces personnes qui tentent depuis des années de nous couper de la culture, de l'éducation, en un mot du monde.
Je suis indigné et outré que personne ne s'oppose à ces machinations basses et mesquines, à ces manœuvres dignes des régimes totalitaires, à ces idéologies arriérées.
Je sais d'un autre côté que ma lettre n'y changera rien...
Ou peut être une seule chose : M. Elmaleh, ne pensez jamais que le peuple libanais est satisfait de la situation. Il s'y résigne faute de mieux.
Votre venue restera toujours un espoir et je suis certain, qu'un jour, la liberté d'expression, de croyance et d'existence seront des valeurs sûres de ce pays. Ce jour-là, on vous accueillera comme vous méritez de l'être.
D'ici là vous resterez notre faux blond préféré, notre fille de 11 ans malade chérie, notre coco adoré, notre chouchou adulé et notre chèvre de « mssieur Seguin » mémorable.
Et maintenant, fermons à trois.
1, 2, flex...


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine